La guerre secrète en France (Daniele Ganser)

[Note de l’administrateur de ce blog : au moment où des attaques terroristes font des morts et des blessés à Strasbourg, attaques qu’on pourrait cyniquement qualifier de providentielles pour un régime en proie à une révolte populaire profonde, il est utile de se pencher sur les travaux de l’historien suisse Daniele Ganser, auteur d’un ouvrage qui fait référence sur les armées secrètes de l’OTAN.

Ces armées illégales furent responsables de nombreuses actions terroristes notamment lors des “années de plomb” en Italie où une de ses branches, le réseau Gladio, commit des actions violentes sous faux drapeau (attentat de la gare de Bologne…) destinées à jeter le discrédit sur “l’extrême-gauche”, dans un pays où un parti communiste très populaire représentait une menace pour le pouvoir en place.

Cet article déjà très long (34 pages si on l’imprime !) est le septième d’une série dont les premiers sont rappelés ci-dessous. Datant de 2011, il reste cependant parfaitement d’actualité.

Il sera également utile en complément de lire l’article qui tombe fort à propos de Thierry Meyssan : Envers qui Emmanuel Macron est-il débiteur ?, publié le 11 décembre 2018 sur le même Réseau Voltaire.]


S’il est un secret bien gardé en France, c’est celui de la sanglante guerre que les services secrets anglo-saxons ont conduit durant soixante ans à Paris pour maîtriser la vie politique nationale. En révélant les péripéties de cet affrontement historique, l’historien suisse Danièle Ganser souligne le rôle du gaullisme dans le projet national français : d’abord soutenu par la CIA pour revenir au pouvoir, Charles De Gaulle parvient à un consensus politique avec ses anciens camarades résistants communistes à propos de la décolonisation, puis chasse l’OTAN. Il s’ensuit un conflit interne dans les structures secrètes de l’État ; conflit qui se poursuit encore.

Cet article fait suite à :
1. « Quand le juge Felice Casson a dévoilé le Gladio… »
2. « Quand le Gladio fut découvert dans les États européens… »
3. « Gladio : Pourquoi l’OTAN, la CIA et le MI6 continuent de nier »
4. « Les égouts de Sa Majesté »
5. « La guerre secrète, activité centrale de la politique étrangère de Washington »
6. « La guerre secrète en Italie »

L’invasion et l’occupation de son territoire par l’armée allemande pendant la seconde guerre mondiale demeure le plus grand traumatisme de l’histoire moderne de la France. Le 14 juin 1940, Paris tombait entre les mains des nazis. Tandis que les sympathisants de l’extrême droite au sein de l’armée et des élites politiques, partisans du maréchal Philippe Pétain, pactisaient avec l’occupant et installaient un gouvernement de collaboration à Vichy, le général Charles de Gaulle se réfugia à Londres et déclara aux Français qu’il représentait l’unique gouvernement légitime de la France. De Gaulle insista pour que continue la guerre contre l’occupant. Afin de collecter des renseignements, d’assurer la liaison avec les mouvements de résistance locaux et d’organiser des opérations de sabotage en territoire ennemi, il fonda à Londres le Bureau Central de Renseignement et d’Action. Les agents du BCRA étaient parachutés au-dessus de la France pour effectuer leurs missions clandestines au prix de nombreuses vies. Dans ses missions, son entraînement et son équipement, le BCRA, qui fut dissous avant la fin de la guerre, préfigurait l’armée secrète française à laquelle il donna de nombreux combattants. Après le débarquement allié de Normandie le 6 juin 1944 et la libération de la France par les Américains, le général de Gaulle fit une entrée triomphale dans Paris et prit la tête de l’État. Le maréchal Pétain qui avait collaboré avec Hitler fut condamné à mort avant d’être gracié et emprisonné à vie.

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Échec des attentats sous faux drapeau :
changement de paradigme ?

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Gratte-ciel à structure interne et externe d’acier pénétré très proprement par un aéronef à structure aluminium

Nous avons déjà évoqué ici la notion d’attentat sous faux drapeau, véritable couteau suisse de la manipulation d’opinion par la terreur et prélude quasi obligatoire au déclenchement de guerres. Une longue liste d’actes de terrorisme reconnus (par les autorités elles-mêmes) comme appartenant à cette catégorie, permet de clouer le bec à tout interlocuteur vous traitant de paranoïaque dérangé lorsque vous remarquez, par exemple, que beaucoup de choses sont bizarres dans les attentats de Paris de janvier 2015. Et que Jeannette Bougrab n’a peut-être pas très bien joué le rôle de composition de compagne éplorée qui lui a été attribué. Nous avions aussi évoqué les étranges décapitations scénarisées de l’État prétendument “islamique”, et la non moins étrange franche bonne humeur de la soeur de James Foley, se marrant comme une baleine alors qu’une journaliste l’interrogeait, en prenant bien soin de prendre une tête d’enterrement, sur son frère tout juste refroidi.

Mais si les autorités finissent par admettre avoir manipulé l’opinion de façon criminelle lors d’événements anciens ou très anciens, elles sont évidemment bien moins enclines à reconnaître qu’elles continuent à le faire aujourd’hui, ce qui aurait pour effet d’ôter toute légitimité au pouvoir politico-médiatique consanguin qui sert de substitut à une véritable démocratie.

Il semble pourtant que grâce, notamment, à la véritable intelligence populaire collective qui est en train de se constituer via internet, et grâce aussi à l’ubiquité de l’électronique nomade qui permet d’enregistrer sons et images à peu près partout et à toute heure, les manipulations savamment orchestrées visant à terroriser l’opinion sont de moins en moins efficaces car dévoilées de plus en plus tôt par des citoyens perspicaces, soit directement témoins de la scène soit se basant sur des enregistrements audio et vidéo qui n’ont plus à passer le filtre du journalisme institutionnel. Les “ratés” finissent toujours par émerger, le truc de l’illusionniste apparaît au grand jour.

On peut s’en réjouir, mais aussi comprendre que cette inefficacité grandissante du poison entraîne logiquement, de la part des manipulateurs, la volonté de corriger le traitement en augmentant la dose, puisque le but est de maintenir l’opinion dans la peur et de lui faire accepter ce qu’on a décidé qu’elle devait accepter. La recrudescence des actes de terrorisme doit donc plus que jamais nous inciter à appliquer la raison dure, et à ne pas céder à l’émotion.

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La France reprend des couleurs (Slobodan Despot)

[Note de l’administrateur de ce blog : une fois de plus, je fais une entorse aux règles du commerce en proposant gratuitement à mes lecteurs un article que je reçois moyennant paiement, via mon abonnement au Drone de l’Antipresse (mais c’est pour mieux les inciter à le soutenir financièrement, tout en se faisant plaisir tant sa lecture est revigorante).

Reçu ce matin, l’article a probablement été écrit entre les troisième et quatrième actes des Gilets jaunes, mais peu importe : ce qui se déroule sous nos yeux, avec l’apparence d’une éruption violente, est en réalité un changement profond et de long terme, l’effondrement d’une structure qui se croyait quasi-éternelle et qui ne repose en réalité que sur les maîtres du discours, débitant un récit de plus en plus faux et creux que la logique humaine finit par faire voler en éclats, catalysée par la souffrance et la colère des victimes de plus en plus nombreuses de cette imposture.

C’est aussi l’occasion de réfléchir sur la richesse que représente l’immigration pour la France : Slobodan Despot, qui est serbe de naissance et vit en Suisse en s’exprimant en français, est l’exemple vivant de l’importance de la francophonie et de la fécondité d’un apport culturel extérieur (mais que les Suisses nous ont chipé !). Pas sûr que l’exemple puisse se généraliser aux hordes de pseudo-réfugiés qui font la fortune des mafias de passeurs et la satisfaction des destructeurs de solidarités nationales.]


Les Gaulois, décidément, ne font rien comme les autres. Le printemps de la France, ils ont réussi à le coller en décembre. Je ne sais sur quoi il débouchera, je sais seulement que dans ce pays, l’on se sent moins seul. Voici donc en vrac quelques tableaux d’une révolution nationale qui n’ose pas encore afficher son nom.

« I was a free man in Paris,
I felt unfettered and alive
There was nobody calling me up for favors
And no one’s future to decide… » (Joni Mitchell)

En liberté dans Paris

Presque malgré moi, j’ai passé mon temps à humer l’air parisien en cette semaine de veillée d’armes. Mardi, j’avais manqué mon train du retour vers la Suisse. Plutôt que de prendre le suivant, j’ai étiré le séjour jusqu’au dernier moment possible, au vendredi. Il m’est arrivé trop souvent de manquer des événements historiques pour des futilités. Cette fois-ci, quelque chose me disait de rester là et d’écouter sans rien attendre.

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L’argent dette (Paul Grignon)

[Note de l’administrateur de ce blog : donnons aux Gilets jaunes les moyens de comprendre le sens profond de leur lutte. Qui n’est pas un conflit de type gauche-droite, ni évidemment un affrontement ethnique ou religieux – même si certains tentent de toutes leurs forces de dévier le conflit sur ce terrain – et n’est même pas une lutte des pauvres contre les riches – l’extrême richesse de certains et l’extrême pauvreté d’autres n’est qu’une conséquence du problème à résoudre – mais une lutte de ceux qui travaillent durement et parviennent tout juste à survivre, contre des parasites qui s’enrichissent sur leur dos.

Cet enrichissement illégitime – il y a des enrichissements légitimes, n’en déplaise aux gauchistes bas du front – a deux instruments essentiels : l’outil bancaire et l’outil médiatique, les instruments qui permettent de produire légalement de la fausse monnaie et de la fausse réalité. Il faut y ajouter – mais vu le pouvoir acquis par les deux premiers, on peut les considérer comme de simples extensions non autonomes – les partis politiques et les institutions d’enseignement et de recherche, ayant failli les uns comme les autres depuis longtemps à leurs missions respectives de défense du bien commun et de la diffusion de la connaissance1.

Toute l’énergie des pouvoirs en place va consister à détourner cette lutte de ses véritables enjeux, qui dépassent très largement la France et sont des enjeux de civilisation. Tout le génie du peuple français devra se mobiliser pour sortir de cette crise par le haut – c’est-à-dire par l’éducation, la culture et la diffusion d’idées à portée universelle, comme il a déjà su le faire – sans tomber dans les mêmes pièges que ceux de 1789, qui fut une révolution bourgeoise au service de l’enrichissement rapide de quelques-uns et non l’établissement de la démocratie (pour une discussion très approfondie sur la question, et en particulier sur les mécanismes inéluctables de la corruption des élus, voir ici).]


Alain Soral – Gilets jaunes, suite : penser samedi et au-delà (E&R)

[Note de l’administrateur de ce blog : clair, net, précis et lucide. Et très “raisonnable”, au sens où l’entendrait un père qui s’adresse à des enfants un peu naïfs et irresponsables.

Souhaitons que la racaille l’entende (celle d’en haut comme celle d’en bas) et que l’on cesse de qualifier “d’extrême-droite la plus radicale” (plus tous les adjectifs qui vont bien : raciste, antisémite, homophobe etc., la caste médiatico-politique semble peiner à trouver les qualificatifs les plus repoussants) le lieu d’où vient un discours de raison et de vérité.

Merci M. Soral pour cette analyse et cette mise en garde.]


À l’aube du samedi 8 décembre 2018, acte IV des Gilets jaunes au croisement de tous les enjeux et de toutes les manipulations, Alain Soral livre son analyse.

Alain Soral – Gilets jaunes, suite : penser samedi et au-delà

D’abord, pour répondre, il faut différencier, Paris, les grandes villes (avec campus étudiants et banlieues) et les campagnes.

D’abord les campagnes : soit la France profonde qui prend tout son sens aujourd’hui, la seule a avoir gardé un peu de profondeur, malgré toutes les manipulations et les destructions opérées depuis des années par le pouvoir profond !

Voici venu le temps de la France profonde face au pouvoir profond.

Dans les campagnes, lieu d’origine de la révolte sociale des Gilets jaunes, la lutte unitaire avec fraternisation des forces de contestation et de sécurité devrait continuer à s’amplifier et à bien se passer…

Dans les grandes villes étudiantes entourées de banlieues, c’est une autre histoire…

Quant à Paris, c’est le lieu de tous les dangers !

Continuer la lecture de la déclaration d’Alain Soral, et lire le guide juridique de Maître Damien Viguier, sur E&R →

On pourra aussi, sur le mouvement des Gilets jaunes, lire avec profit les analyses :

Comment l’Occident dévore ses enfants (Thierry Meyssan)

[Note de l’administrateur de ce blog : voilà une façon de parler des Gilets jaunes en prenant un peu (voire beaucoup) de recul historique. Ça ne fait pas de mal.]


Pour Thierry Meyssan, en se dressant contre leurs institutions, les Français sont le premier peuple occidental à prendre des risques personnels pour s’opposer à la globalisation financière. Bien qu’ils n’en aient pas conscience et imaginent encore que leurs problèmes sont exclusivement nationaux, leur ennemi est le même que celui qui a écrasé la région des Grands lacs africains et une partie du Moyen-Orient élargi. Seuls les peuples qui comprendront la logique qui les détruit et la rejetteront pourront survivre à la crise existentielle de l’Occident.

La cause de la récession occidentale

Les relations internationales ont profondément changé avec la paralysie de l’Union soviétique en 1986, lorsque l’État ne parvint pas à maitriser l’incident nucléaire civil de Tchernobyl [1], puis avec la rétractation du Pacte de Varsovie, en 1989, lorsque le Parti communiste est-allemand [2] détruisit le Mur de Berlin, et finalement avec la dissolution de l’URSS, en 1991.

À ce moment, le président des États-Unis, George Bush Sr., a décidé de démobiliser un million de soldats et de consacrer les efforts de son pays à sa prospérité. Il a souhaité transformer l’hégémonie US dans sa zone d’influence en un rôle de leader de l’ensemble du monde et de garant de sa stabilité. En cela, il a jeté les bases d’un « Nouvel Ordre Mondial » d’abord dans son discours aux côtés du Premier ministre britannique Margaret Thatcher à l’Aspen Institute (2 août 1990), puis lors de son discours au Congrès (11 septembre 1990) annonçant l’opération « Tempête du désert » [3].

Le monde d’après l’Union soviétique est celui de la libre circulation non seulement des marchandises, mais aussi des capitaux mondiaux, sous le seul contrôle des États-Unis. C’est-à-dire le passage du capitalisme à la financiarisation ; non pas l’aboutissement du libre-échange, mais une forme exacerbée de l’exploitation coloniale à la totalité du monde y compris à l’Occident. En un quart de siècle, les grandes fortunes US vont être plusieurs fois multipliées et la richesse globale du monde va considérablement augmenter.

En laissant libre court au capitalisme, le président Bush Sr. espérait étendre la prospérité au monde. Mais le capitalisme n’est pas un projet politique, c’est juste une logique pour faire du profit. Or, la logique des multinationales US était d’accroitre leur profit en délocalisant leur production en Chine où c’était désormais possible et où les travailleurs étaient les moins payés au monde.

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Voir également sur ce blog, à propos de la chute de l’Occident :

Radio France vante les productions israéliennes… et oublie la colonisation (Acrimed)

[Note de l’administrateur de ce blog : dès que l’on fait preuve d’objectivité vis-à-vis de “l’État d’Israël” et de ses prétendus miracles, on risque d’être qualifié d’antisémite nauséabond. Mais comme tout le monde y est habitué, maintenant… c’est comme quand une alarme sonne tout le temps pour rien : à la fin plus personne n’y prête attention.]


La pastille radiophonique « En direct du monde » de France Info propose, tous les jours à 5h16 et à 10h56, des sujets d’actualité concernant différents pays du monde, élaborés par les correspondants de la radio publique présents sur place. Le 22 novembre, elle portait sur les mérites des avocats (les fruits) israéliens. Problème : l’émission omet certains « détails », comme le fait qu’une partie substantielle des fruits sont produits dans les territoires palestiniens occupés, et finit par prendre des allures de publicité. Un tropisme récurrent à en croire un autre reportage que la radio publique a consacré aux technologies hydrauliques israéliennes, en septembre dernier.

En écoutant « En direct du monde » ce jeudi 22 novembre, on en apprendra beaucoup sur la production d’avocats : sur leurs variétés, leurs atouts et leurs qualités [1], mais aussi sur le fait que la France « est un marché fondamental pour Israël », et, enfin, que « la production se fait essentiellement dans la vallée du Jourdain, en Cisjordanie, ou dans la plaine côtière en Israël ».

Dans ce qui s’apparente à une présentation promotionnelle détaillée, le journaliste omet de préciser un… détail : le fait qu’une part significative de cette production se fait dans les territoires palestiniens occupés, en exploitant des terres colonisées au profit de l’État d’Israël [2]. Des règlements européens disposent par ailleurs que cette production ne peut se revendiquer d’une origine israélienne. Cela a conduit Jean-Guy Greilsamer, membre de la campagne Boycott-Désinvestissement-Sanction (BDS) et de l’Union juive française pour la paix (UJFP) à envoyer une lettre ouverte à la médiatrice de Radio France [3].

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