Le dogme et la conviction (Marc Dugois)

[Note de l’administrateur de ce blog : n’y aura-t-il bientôt que des retraités pour avoir le courage de penser droit et à haute voix ? Si j’en crois la brochette de non-penseurs encore en activité que j’ai eue récemment devant moi au CNESER, on peut se le demander.]


La conviction est un essentiel qui vient de l’intérieur, le dogme est un essentiel qui vient de l’extérieur. La conviction motive, le dogme rassure, justifie et crée le lien social. Le but de toute éducation est d’apprendre à se forger des convictions, d’assumer sa liberté et de comprendre les dogmes. Le but de tout pouvoir est de faire confondre ses dogmes avec la vérité et s’ils sont faux, le pouvoir mène son peuple à sa perte car les convictions se heurtent aux dogmes.

L’éducation nationale est aujourd’hui un oxymore, une obscure clarté, une intelligence bornée, un apprentissage de fausses vérités. Quand l’éducation nationale ne réussit pas à instiller les dogmes, le politique fait des lois mémorielles qui les imposent sous peine de sanctions pénales. La conviction n’a plus droit de cité, l’homme n’a plus le droit d’être debout, la liberté d’expression n’est plus qu’un étendard que l’on courtise en le poignardant.

En économie les faux dogmes génèrent des techniques de paupérisation de plus en plus sophistiquées pour le plus grand profit de ceux qui les imaginent, qui n’existent que par leur inventivité et qui coûtent fort cher. Ces techniques ne prospèrent que parce que l’on a convaincu le peuple qu’il était incompétent en économie, que son bon sens ne valait pas intelligence et que les dogmes actuels de l’économie étaient vrais alors qu’ils sont faux.

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La fin de la terreur (Gilad Atzmon)

Gilad Atzmon est un de ces hommes qui font espérer en l’humanité, et croire en la puissance de la raison pour la guider vers un avenir meilleur. Né dans une famille juive sioniste en Israël, ayant servi dans l’armée israélienne, il a eu la lucidité de se voir, face aux Palestiniens, “dans la position du nazi face à des juifs”. De ce traumatisme, qu’il dit avoir pu surmonter grâce à la musique, est né son antisionisme radical, qui ne doit rien à une lecture littérale de la Bible comme c’est le cas chez certains juifs orthodoxes mais au contraire à une pratique exigeante de la raison et de la philosophie. Je vous propose ci-dessous une traduction de l’article qu’il a publié le 1er mai 2019 sur son blog.

J’ai ajouté quelques liens hypertexte afin d’éclairer le message, pour ceux qui ne sont pas familiers du discours de Gilad. Bonne lecture.

––––––––––––––––––––––– Début de la traduction –––––––––––––––––––––––

Trois crimes motivés par la haine : un massacre dans une mosquée à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, un massacre au Sri Lanka et une fusillade dans une synagogue à San Diego ; qu’ont-ils en commun ? Les trois attaques correspondent parfaitement à la vision qu’ont les néocons de notre dystopie émergente. Nous sommes partis pour nous détester. Les conflits, l’hostilité, la terreur – des fleuves de sang – maintiennent à flot leur agenda interventionniste immoral.

Mais il y a une signification plus profonde dans ces événements récents et dans les nombreux autres qui les ont précédés. La terreur, comme nous devrions le savoir maintenant, est un message. La terreur a une logique mortelle qui fonctionne par la peur et la destruction. Peut-être que si nous commençons à être attentifs au message de la terreur, nous pourrons en tirer la meilleure stratégie pour diluer son venin.

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Pourquoi je ne soutiens pas Juan Branco
(Georgia Pouliquen)

[Note de l’administrateur de ce blog : qui osera dire après ça que les femmes sont incapables d’analyses politiques profondes ?

Au sujet des francs-maçons dont parle Georgia (ou Véronique ?) Pouliquen, à la suite de la condamnation par mon université à 2 ans d’interdiction d’exercice avec retenue de la moitié du salaire en mai 2017 (ça, c’était avant que le CNESER double la durée de la sanction en 2019…), j’avais écrit à la présidente de la commission disciplinaire : “je vous demande de bien vouloir attester solennellement votre non-appartenance à une société secrète ou « discrète », telle que par exemple une loge maçonnique, puisque de nombreuses affaires ont pu montrer qu’en cas de double allégeance, le respect des règles professionnelles pouvait passer après celui des serments prêtés au sein de ces sociétés, violant ainsi les principes les plus élémentaires du Droit”. Je citais ensuite la constitution italienne qui interdit, dans son article 18, les associations secrètes. Je n’ai pas eu de réponse.

Mise à jour du 26 avril : voir également la réponse de Georgia Pouliquen faite le 25 avril suite au début de polémique qu’elle a contribué à faire naître.]


Notre-Dame de Paris : quelques rappels
de chimie, physique et géométrie

Dans le cours sur l’énergie que j’ai donné depuis de nombreuses années à l’université (que les curieux et les studieux pourront télécharger ici), j’insiste lourdement (p. 39 à 43) pour que mes étudiants comprennent une caractéristique importante de nos sociétés dites “évoluées” : elles ne sont pas seulement dépendantes à l’énergie mais aussi dépendantes à la puissance, ce qui, en physique, désigne l’énergie consommée par unité de temps. Autrement dit, non seulement nous avons besoin de beaucoup d’énergie pour le transport, le chauffage, la production industrielle…, mais nombre de ces usages requièrent l’utilisation de beaucoup d’énergie en peu de temps, ce que nous mesurons en watts (1 watt = 1 joule par seconde) ou ses multiples (kilowatts, mégawatts…).

Exemple : lorsque nous prenons l’avion, la consommation d’énergie par passager n’est pas, en soi, astronomique (elle correspond, pour de gros avions long-courrier bien remplis, à 3 ou 4 litres de kérosène aux 100 km) mais les moteurs de l’avion doivent être extrêmement puissants afin de lui permettre de voler vite et d’accélérer fort lors du décollage. Dans un des exercices que je donne à mes étudiants, on estime par exemple que, sur la totalité d’un vol à très longue distance, la puissance moyenne1 requise par passager est comprise entre 350 et 400 kW, alors qu’une automobile moyenne roulant à 130 km/h sur autoroute horizontale demande moins de 100 kW, et un cycliste roulant tranquille à 20 km/h sur le plat, de l’ordre de quelques centaines de watts2 seulement.

Cette simple considération permet de comprendre l’avantage stratégique de certaines énergies par rapport à d’autres, et notamment le pétrole. En effet, la plupart de l’énergie consommée dans le monde (environ 4/5) provient du charbon, du pétrole et du gaz, c’est-à-dire de matière qui brûle (le bois, bien sûr, est un autre exemple). Or la vitesse de libération d’énergie (c’est-à-dire la puissance) par cette matière en combustion dépend de plusieurs facteurs :

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Notre-Dame de Paris : l’imminente résurrection du peuple français (Le courrier des stratèges)

[Note de l’administrateur de ce blog : l’oubli de la spiritualité, qu’elle soit strictement religieuse ou non, est ce qui perdra les “élites” occidentales corrompues au plus profond de leur être, comme l’avait prédit il y a longtemps déjà Soljentitsyne.

Il suffit de voir notre Pinocchio-RoboCop se forcer à paraître grave pour en être convaincu.]


Michel Maffesoli nous offre un très beau texte sur la dévastation de Notre-Dame et sur la résurrection populaire, après sa descente aux enfers lundi soir. L’épreuve du feu a permis de donner corps à une transcendance immanente, à l’expérience collective du divin et de son incarnation dans la communion autour de l’édifice en flammes. De cette épreuve concrète de la transcendance dans l’immanence naît la conscience d’appartenir à une communauté humaine spécifique.

 

En cette nuit funeste Notre-Dame de Paris brûlait ! Et tout autour, peu à peu, une immense foule se rassemblait. Impuissante, mais comme en communion de destin avec cet esprit de pierre tout en incandescence. Peuple silencieux. Puis, soudainement, chantant ou priant le « Je vous salue Marie ». Place Saint Michel, Quai d’Orléans, Pont Saint Louis, l’émotion se sublimait en un chant n’ayant rien d’offensif, mais où l’on entendait comme un écho d’une âme collective, qui, depuis le Moyen-Âge, entoure cette figure protectrice de la cité.

Nombreux sont ceux ayant célébré, tel Victor Hugo « Notre-Dame de Paris » (1831). Ne soulignent-ils pas que ses cloches, son bourdon en particulier, émeuvent les esprits les plus rassis et certains jours, enflamment l’ensemble de la ville.

Ce qui frappe est le climat de piété régnant autour de la cathédrale. Quelque chose d’une pensée méditante. Me vient à l’esprit la remarque de Heidegger, considérant « la pensée comme un exercice de piété ». Piété caractéristique de ceux qui sont pieux. Le pieu c’est, également, cette pièce de bois droite permettant d’être assuré et solide.

Notre-Dame comme un pieu fiché en terre pour servir de fondation à tout être ensemble.

La canaille médiatique sévissant dans la presse main-stream déplorait à loisir, cet incendie, car il mettait en danger l’attraction qu’exerçait cette église, mondialement connue et attirant 14 millions de touristes par an. La mettant, ainsi, sur le même plan que Disney World.

Réduction utilitariste à bien courte vue, ne saisissant pas la force de l’imaginaire, cause et effet d’une telle construction. Les bâtisseurs des cathédrales étaient animés par un autre objectif : une incarnation du sacré. Et l’émotion collective éprouvée en voyant cette cathédrale brûler n’est pas autre chose que l’irréfragable perdurance de ce que Joseph de Maistre nommait « le résidu divin ».

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Relation d’ordre, relation d’équivalence

Les maths font peur, ce n’est pas nouveau. Même à un physicien comme moi, qui s’est souvent senti intimidé face à des développements trop abstraits, pas utiles (à première vue, mais il faut se méfier !) à la résolution des problèmes de physique. Pourtant, on a beau dire, mais les mathématiques constituent une école de rigueur irremplaçable. Et qui n’est pas capable de rigueur dans le raisonnement est une cible idéale pour tous les charlatans, manipulateurs et autres personnes mal intentionnées, qui font profession de vivre grâce à l’ignorance des autres plutôt qu’en monnayant un véritable travail.

Du temps où j’étais collégien (quelque part entre l’extinction des dinosaures non-aviens et maintenant), on enseignait dès la cinquième les notions de relation d’ordre et de relation d’équivalence. Aujourd’hui, il semble que ces notions simples et utiles aient été repoussées à des stades très ultérieurs… alors qu’elles sont de la plus haute importance pour démonter nombre de manipulations dans lesquelles nous baignons ; en particulier quand il s’agit de discuter d’égalité. Essayons de voir comment, mais d’abord, commençons par donner des définitions : en maths, inutile de parler de ce qu’on n’a même pas défini. Que les mathématiciens me pardonnent, mon langage ne sera sans doute pas aussi précis qu’il est souhaitable dans la discipline, mais il vise à être compris du plus grand nombre tout en dissipant le maximum d’ambiguïtés.

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