La fin des maladies ? – Une approche révolutionnaire de la médecine (Laurent Schwartz)

[Note de l’administrateur de ce blog : ceux qui connaissent l’enseignement de Thierry Casasnovas – qui va un peu au-delà de la promotion des jus de légumes – ne seront pas très dépaysés, mais peut-être surpris qu’un professeur de médecine très “installé” comme Laurent Schwartz tienne un discours aussi semblable, allant jusqu’à parler de “bulle pharmaceutique” (ce doit donc être grave !). Car comme le dit lui-même Thierry en s’adressant à lui-même, “comment peux-tu avoir l’outrecuidance de parler de quelque chose comme ça ? tu n’as pas fait dix ans d’études ! tu n’as pas de blouse blanche ! tu n’as pas de Porsche Cayenne !”.

Ceux qui ont entendu parler des travaux du Dr. André Gernez sur le cancer et les maladies dégénératives auront peut-être aussi lu l’article de Maurice Israël et Laurent Schwartz qui rend hommage à ce médecin ayant eu raison trop tôt sur l’origine profondément métabolique du cancer. Et pour les autres, mieux vaut tard que jamais !]


Par Charles Boyer.

La vie et les maladies peuvent-elle se résumer à quelques principes simples, voire à une équation, et quelles perspectives cela ouvre-t-il pour la médecine ?

Le dernier livre court mais dense du Dr Laurent Schwartz, intitulé La fin des maladies ? se présente essentiellement comme une lettre ouverte à ses collègues médecins les exhortant à un changement majeur dans la pratique de leur art. En fait, en début d’ouvrage, il n’hésite pas à employer des mots comme révolution ou résistance.

Il s’agit d’une synthèse de la pensée de son auteur et, en tant que telle, elle mélange sans vergogne les genres, passant de l’autobiographie à la vulgarisation scientifique, au commentaire politique et à la réflexion philosophique. Le terrain couvert est fort ample, la langue au plus haut point accessible. Malgré les sujets par nature difficiles, la maladie, dont le cancer, Alzheimer, la vieillesse et la mort, il parvient à être un livre distrayant et captivant.

Les patients apprennent à devenir acteurs de leur santé

L’idée centrale du texte est que malgré la grande complexité constatée des maladies, il devrait être possible de les ramener toutes à un petit nombre de principes fort simples et même à une « équation de la vie ». Cette idée est née de ses collaborations de longue date, non seulement avec des biologistes et des médecins, mais aussi avec des mathématiciens et des physiciens.

L’ouvrage revient rapidement sur la guerre contre le cancer, que nous sommes toujours en train de perdre malgré des dépenses immenses, constat qu’il avait déjà fait dans son précédent ouvrage Cancer, un traitement simple et non toxique. Il insiste à ce sujet sur un changement majeur qui est en train de s’opérer : l’implication très poussée des patients du fait du rééquilibrage de la disponibilité du savoir grâce au web. De ce fait, le malade devient moins patient et davantage acteur.

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La boucle est bouclée (Antipresse)

Slobodan Despot au salon du livre à Genève en 2006

Slobodan Despot, salon du livre,
Genève, 2006

[Note de l’administrateur de ce blog : ayant moi-même eu l’occasion de me rendre dans une Yougoslavie en cours d’éclatement et partiellement en guerre durant l’été 1993, à l’occasion d’un séjour de vacances en Croatie qui avait fait sécession, comme la Slovénie, deux ans plus tôt, j’ai été particulièrement sensible à ce récit de Slobodan Despot.

En effet, ce qu’il restait du “paradis socialiste” yougoslave n’avait rien de bien effrayant : la moyenne bourgeoisie vivait bien – grâce souvent aux entreprises allemandes ou autrichiennes – dans des quartiers résidentiels de Zagreb où la nationalisation des villas ne se traduisait que par quelques voisinages forcés et un entretien défaillant des murs de clôture, la spéculation foncière n’avait pas autant mangé les espaces verts que dans d’autres villes occidentales comparables, et si les bons hôtels pour touristes offraient un confort plutôt spartiate par rapport aux standards français de l’époque, cela finissait par leur donner un certain charme exotique mettant en relief la splendeur architecturale des petites villes de la côte adriatique enrichies par la République de Venise.

Nettement plus inquiétants étaient bien sûr les barrages militaires que devaient traverser les cars à touristes, les maisons brûlées que l’on pouvait voir parfois le long de la route et les rues désertes, en plein midi et pour cause de couvre-feu, d’une ville aussi touristique que Zadar, que notre bateau nous permettait de contempler en longeant la côte entre Rijeka et l’île de Hvar. La Promenade des Anglais déserte en milieu de journée en plein été, ça vous parle ?]


Ce que j’ai cru comprendre du temps où nous sommes

Bref retour aux origines

Je suis né dans un pays sans liberté. L’économie y était contrôlée par l’État, à l’exception des toutes petites entreprises. L’éducation y était affaire d’État, sans exception. L’information y était affaire d’État. Tout, en somme, y était affaire d’État, et l’État était socialiste. Il œuvrait en théorie au bonheur futur de tous et en pratique à la satisfaction immédiate de quelques-uns. Les autres devaient se taire et faire semblant de ne pas voir ce qui crevait les yeux : qu’ils subissaient au nom de l’égalité et du progrès un système de castes dramatiquement sclérosé.

Cela dit, ne tombons pas dans le pathos. Ce n’était pas si grave que ça. On était dans la Yougoslavie de Tito. Comme me l’a résumé une amie roumaine: «Pour nous, sous Ceausescu, la Yougoslavie, c’était l’Amérique !» Le dictateur socialiste était habile et jouisseur. Pourquoi se priver? On construisait l’avenir radieux avec le sale pognon du capitalisme. On se faisait photographier en costume blanc, cigare au bec, une Sophia Loren pendue au bras. Les vedettes de la jet-set croisaient à bord du Galeb, le yacht du nabab rouge, à quelques encablures de Goli Otok, l’«Ile nue» de l’Adriatique où ce bon vivant avait organisé l’enfer sur terre pour ses opposants qui s’y surveillaient et s’y torturaient entre eux, presque sans l’aide de personne. Admirable économie de moyens!

Mais même cela n’était pas grave. La part de répression brute était négligeable. Tout le monde profitait un peu de la poussière d’étoiles semée dans le sillage du beau bateau blanc. Il suffisait de connaître la ligne rouge — ne jamais parler politique —, et l’absence de liberté se trouvait compensée par un agréable éventail de libertés.

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