Échec et mat pour l’hégémon (Dmitry Orlov)

Dmitry Orlov

[Note de l’administrateur de ce blog : ayant vécu l’effondrement de l’URSS et s’en étant remis, Dmitry Orlov a un art consommé pour rigoler des situations les plus tragiques. Mais sans doute vaut-il mieux en rire qu’en pleurer, car la prise de distance par rapport à l’événement – une forme d’abstraction, finalement – est une marque d’intelligence et permet généralement de réagir plus efficacement et de façon plus constructive face à une situation qui semble désespérée.]


Selon les analyses de beaucoup de commentateurs intelligents et bien informés, une guerre entre les États-Unis et l’Iran pourrait éclater à tout moment. Leur preuve en faveur de ce point de vue consiste en quelques porte-avions américains qui sont censés être en route vers le golfe Persique, que l’Iran a menacé de bloquer en cas d’attaque. Pour ce faire, l’Iran n’aurait pas à faire quoi que ce soit de militaire ; il suffirait que ce pays menace d’attaquer certains pétroliers pour que leur couverture d’assurance soit annulée, les empêchant de charger leur cargaison ou de prendre la mer. Cela bloquerait les livraisons de près des deux tiers de tout le pétrole brut transporté par mer et causerait des dommages économiques vraiment stupéfiants – si stupéfiants que les économies pétrolières des pays importateurs de pétrole (et même de certains des pays exportateurs de pétrole) pourraient ne jamais s’en remettre.

Examinons d’abord ces quelques éléments de preuve. À mon avis, le fait de voir des porte-avions américains près d’un adversaire potentiel bien armé comme l’Iran, la Chine ou la Russie est une indication très claire qu’il n’y aura aucune escalade militaire. Le calcul ici est simple. Pour être efficace, un porte-avions américain doit se trouver à moins de 500 km des cibles que ses avions vont bombarder. C’est la portée aller-retour typique d’un avion sans ravitaillement en vol. Mais si ledit porte-avions s’approche à moins de 1000 km dudit adversaire potentiel, il peut être coulé à l’aide de toute une série d’armes modernes contre lesquelles il n’a aucune défense. Évidemment, dans de telles circonstances, le commandement du porte-avion évitera de faire quoi que ce soit de provocateur tout en faisant tout son possible pour afficher son absence totale d’intention hostile.

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La mascarade de l’Union européenne (Thierry Meyssan)

[Note de l’administrateur de ce blog : en ce jour d’élection, il est utile de savoir ce qu’est vraiment l’Union Européenne, et ce que sont vraiment les représentants politiques qui font campagne pour cette élection. Thierry Meyssan, comme d’habitude, ne fait pas de cadeau.

Concernant la “crise du gaz” européenne qui s’annonce, on pourra lire avec intérêt (mais en anglais, malheureusement) cette analyse récente de Peter Zeniewski de l’Agence Internationale de l’Énergie.

Et ne pas oublier que l’accès à l’énergie constitue une des principales, sinon la première, source de conflits.]


Pour Thierry Meyssan, les Européens sont aveugles parce qu’ils ne veulent pas voir. Ils persistent à croire que l’Union européenne, c’est la paix et la prospérité, malgré les échecs incontestables dans ces deux domaines. Ils s’imaginent une opposition intérieure entre patriotes et populistes, alors que ces deux groupes se placent sous la protection du Pentagone contre la Russie. La stratégie internationale de l’après-Deuxième Guerre mondiale se poursuit à leur détriment, sans qu’ils en aient conscience.

À l’issue de leur victoire commune dans la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis et le Royaume-Uni adoptèrent la vision de leur allié soviétique décrite par l’ambassadeur US à Moscou, George Kennan. Selon eux, l’URSS était un Empire totalitaire qui tentait de conquérir le monde. Ils firent donc volte-face et conçurent la stratégie de l’endiguement (containment). Le monde pouvait être divisé en trois : celui déjà écrasé par les Soviets, le monde encore libre, et la partie à décoloniser qu’il fallait préserver de l’ogre soviétique.

Au début, cette analyse put paraître juste, Staline déportant toujours des populations au goulag. Mais, au moins après sa mort, elle était déjà évidemment fausse. Ainsi Che Guevara, ministre de l’Économie cubain, écrivit un livre contre le modèle soviétique, et poursuivi la Révolution en Afrique sans en référer aux Soviets, mais toujours avec leur appui.

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Piratage européiste : la preuve par les probabilités

Mise à jour (majeure !) du 28 mai, qui vient anéantir mon interprétation mais confirmer plusieurs choses :

  • il est normal de se tromper pour un chercheur (c’est même son activité principale…), ce qui est anormal c’est de persister dans l’erreur, ou comme on dit en latin : errare humanum est, perseverare diabolicum ;
  • les miracles statistiques n’existent pas, et l’analyse des coïncidences vraiment étonnantes apporte toujours des informations pertinentes, dans tous les domaines ;
  • l’argent explique beaucoup de choses (avec le sexe et l’énergie)

Voici donc cette mise à jour : après prise de contact avec Gabriel Rabhi, celui-ci m’informe que l’association “pirate” est en réalité un de ses clients – Gabriel Rabhi est développeur web – et qu’il avait lui-même réalisé son site, à contrecœur mais ayant besoin d’argent à cette époque, et qu’il avait de plus, “par souci d’économie”, migré tous ses sites sur le même serveur et réalisé ainsi cette erreur de configuration menant à l’affichage par défaut d’un site aux idées très éloignées des siennes…

L’attitude professionnelle de Gabriel Rabhi n’est pas en soi critiquable : un prestataire n’a pas à demander à son client d’être en accord avec ses idées pour accepter de travailler pour lui, sinon c’est la balkanisation rapide de la société… J’avais en réalité envisagé cette hypothèse, mais l’avais rejetée car trouvée “trop osée”… eh bien non ! De plus, le site de la Conférence Permanente des Chambres Consulaires Africaines et Francophones dont je parle en note est lui aussi un client de Gabriel Rabhi… tout s’explique !

Je laisse ci-dessous l’intégralité de l’article de départ, dont l’argument statistique reste toujours valide…


Très récemment, un de mes lecteurs recommandait en commentaire une vidéo en effet excellente, réalisée par Gabriel Rabhi, intitulée “Dette, crise, chômage : qui crée l’argent ?”. Je lui répondis que j’étais parfaitement d’accord avec lui, ayant mis ce film dans la page “liens” du blog dès sa création. Mais je m’aperçus aussitôt d’une chose étrange : le lien que j’avais inséré dans cette page orientait maintenant mes lecteurs vers un site ne faisant pas exactement de la pédagogie sur la création monétaire, mais plutôt l’apologie de l’Europe fédérale ! Sachant ce que dit Gabriel Rabhi de l’Union Européenne dans sa vidéo, il y avait de quoi être surpris… Comment cela était-il possible ? Un complot judéo-maçonnique aurait-il piraté mon blog afin d’induire mes lecteurs en erreur ?

La vérité est plus subtile, mais prouve néanmoins une réelle intention de tromper de la part d’une équipe de propagande ; une véritable entreprise de piratage d’opinion. La totalité des liens que j’avais indiqués sur la page du même nom est passée, automatiquement, avec le préfixe “https://” au lieu de “http://”. Cette opération, dont je n’avais pas eu connaissance, n’est pas l’œuvre d’une équipe de hackers mais résulte probablement du passage récent de ce blog même au protocole “https”. Mais pour les réfractaires à l’informatique, précisons quelque peu de quoi il s’agit.

Le “protocole de transfert hypertexte”, ou “hypertext transfer protocol” en anglais, en abrégé HTTP, est un ensemble de conventions informatiques qui permettent de “mettre en ligne” toutes sortes de contenus, c’est-à-dire d’autoriser un ordinateur relié au réseau informatique mondial (couramment appelé Internet) d’aller consulter ce qui se trouve sur un autre, qu’on appelle serveur. Aujourd’hui, les adresses web sont automatiquement complétées par les navigateurs : si l’on tape seulement “aitia.fr” dans la barre d’adresse de Firefox par exemple, on tombe sur ce blog, dont l’adresse complète est “https://aitia.fr” (et même https://aitia.fr/erd/, mais la dernière partie /erd est une redirection automatique faite par le serveur et non par votre navigateur).

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Notre-Dame : l’audition de Franck Riester au Sénat
(La Tribune de l’Art)

[Note de l’administrateur de ce blog : était-il bien raisonnable de confier le Ministère de la Culture à un concessionnaire automobile ? Il semble que non. En tout cas pas avant de lui offrir une sérieuse formation de mise à niveau. Que diriez-vous si le prof de maths d’un de vos enfants était remplacé par son collègue d’espagnol ?]


Didier Rykner, vendredi 17 mai 2019.

Hier 16 mai, le ministre de la Culture Franck Riester était entendu en audition plénière par la commission des affaires culturelles du Sénat (la vidéo est visible et téléchargeable ici). Hélas, une fois de plus, celui-ci s’est montré bien en deçà de sa fonction. Multipliant les erreurs factuelles et les approximations, se montrant fébrile et très rapidement agressif, il a donné une piètre prestation devant la représentation nationale.

Analysons point par point son intervention.

Un ministre techniquement insuffisant

Vers 11’07”, le ministre explique doctement ce que veut dire « conservation ». Écoutons le : « En matière de patrimoine on appelle conservation la sécurisation et la préservation du bâti, et pas la conservation sur le temps long. »

C’est, évidemment, entièrement faux. Et ce n’est pas seulement nous qui le disons : nous avons interrogé plusieurs spécialistes de la restauration : un architecte du patrimoine, un conservateur des monuments historiques, un architecte des bâtiments de France, un conservateur régional des monuments historiques et un historien de l’architecture. Tous nous ont confirmé que cette définition est fantaisiste [1]. La conservation « en matière de patrimoine », c’est aussi et avant tout les actions qui permettent la préservation du monument justement sur le temps long. Le ministre ne connaît pas la base du travail de ses services. On se demande à quoi servait le directeur général des patrimoines qui était à ses côtés pour le conseiller…

Vers 12’38″, Franck Riester, après avoir inventé une nouvelle définition du mot « conservation » crée un nouveau concept en architecture : le transept à trois bras. Il parle en effet des « pignon du transept nord, pignon du transept sud, et pignon du transept ouest » ! Comme nous l’a fait remarquer un ami sur Twitter : il ne manque plus que le transept est, et on peut se passer à la fois des notions de nef et de chœur. Ce serait drôle si en réalité ce n’était pas tragique venant d’un ministre de la Culture car il s’agit tout de même ici de culture générale…

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Lanceuse d’alerte: «à partir du moment où on dit la vérité, on doit être exécuté» (Sputnik)

[Note de l’administrateur de ce blog : bien évidemment, toute ressemblance entre les mésaventures de cette dame et celles de l’auteur de ces lignes ne saurait être un pur hasard.

On retiendra le plus important : “On parle d’intégrité, d’éthique et d’honnêteté. Et l’éthique et l’intégrité n’appartiennent pas aux extrêmes, pas au centre, elles appartiennent à tout le monde.”

Sauf à ceux qui choisissent de s’asseoir dessus par couardise ou dans l’espoir d’une promotion, bien sûr.]


Il ne fait pas bon être lanceur d’alerte aujourd’hui. Geoffrey Livolsi et Mathias Destal auditionnés le 14 mai par la DGSI, Julian Assange dans une geôle londonienne depuis le 11 avril et Stéphanie Gibaud qui a tout perdu dans son combat contre l’évasion fiscale qui transitait par UBS. Entretien avec cette «survivante».

«Harcèlement, placardisation, isolement, licenciement, précarité»: voici le quotidien d’une lanceuse d’alerte. Son nom : Stéphanie Gibaud.
Les faits : en 2008, la hiérarchie d’UBS lui demande de détruire des documents après une perquisition. Elle refuse et dénonce l’évasion fiscale massive qu’elle a sous les yeux. En février 2019, le géant bancaire était condamné à une amende de 4,5 milliards d’euros pour «démarchage bancaire illégal» et «blanchiment aggravé de fraude fiscale». Licenciée en 2012 de la firme suisse, la spécialiste de l’événementiel se consacre désormais à la lutte contre l’évasion fiscale.

Sputnik a voulu en savoir plus sur cette femme qui se retrouve propulsée n°2 de la liste de Nicolas Dupont-Aignan aux Européennes. Le rapport ? Mme Gibaud prévient immédiatement, la politique politicienne, ce n’est pas son truc. Elle, son truc, c’est le dossier de l’évasion fiscale, ce pourquoi elle se bat avec ténacité depuis une douzaine d’années. Pourquoi donc avoir choisi la droite souverainiste pour porter une lutte souvent connotée à gauche ?

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BHL | On rembourse les billets, mais non le contribuable ! (Antipresse)

[Note de l’administrateur de ce blog : les Suisses doivent être antisémites, forcément. On ne voit pas d’autre explication pour une telle indifférence au génie de l’homme aux chemises aussi blanches que la crème des tartes du même nom.]


Bernard-Henri Lévy, idéaliste européen, a mis tous ses talents (c’est dire !) au service de sa cause. Il a écrit (prétend-il) un «hymne à l’Europe» qui devait résonner comme un chant de partisans «dans une quinzaine de villes». Lesquelles, à en croire son pitch, seraient occupées par les forces du Mal :

«Une tournée comme un appel. Un voyage comme une invitation au sursaut. La contribution d’un écrivain à la nouvelle résistance européenne qui doit s’organiser sans tarder.»

Cette invitation au sursaut se présente comme une pièce au titre anglais, Looking for Europe, où il fait dans diverses poses incongrues la démonstration de son anglais de Frenchie accablant. Tout cet étalage d’anglomanie en hommage à une communauté que les Rosbifs, justement, s’apprêtent à quitter après l’avoir copieusement poignardée.

Sa version VIP du théâtre de l’absurde ne semble pas magnétiser les foules. En tout cas pas en Helvétie, cette vierge réfractaire que BHL comptait prendre d’assaut pour la livrer, séduite, à Bruxelles. Or malgré l’appui marketing massif du service public suisse, ses deux représentations locales ont été annulées.

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