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Destruction méthodique des repères : la preuve par le bac

Nimrod

réforme pédagogique

Cette semaine, j’étais président de jury de baccalauréat, une formalité essentiellement administrative due au fait que le baccalauréat constitue, officiellement, le premier des grades universitaires. N’imaginez pas pour autant que les universitaires soient consultés pour en définir les épreuves : il n’en est rien. Mais n’imaginez même pas que les professeurs de lycée soient consultés non plus : ce serait trop beau. Les correcteurs que j’ai rencontrés étaient tous furieux contre les barèmes et consignes de notation qu’ils doivent respecter (sous peine de sanctions), où les questions faciles rapportent un grand nombre de points et les questions difficiles, celles qui montrent réellement que l’élève a travaillé et acquis une méthode et des connaissances, ne sont plus là que pour quelques demi-points symboliques.

Nous avons déjà entendu le discours ahurissant de la ministre de l’ignorance qui, après les attentats de Paris, reprochait aux élèves de poser des questions. C’est vrai, ça : pourquoi donc faudrait-il poser des questions aux professeurs, à l’école, au collège ou au lycée ? Et pourquoi donc faudrait-il, en outre, exiger des réponses logiques et documentées ? Et pourquoi faudrait-il en plus acquérir une méthode de travail, développer l’esprit critique afin d’être autonome et non pas dépendant d’un “robinet à savoir”, qui a toutes les chances d’être in fine un “robinet à endoctrinement” ? Nous savons maintenant pourquoi il est inutile de poser ces questions : le but de l’école n’est pas de former des intelligences libres, donc des citoyens responsables, mais de faire croire à la jeunesse qu’elle est prête pour faire des études longues et prometteuses, alors qu’elle s’avance, pour la grande majorité d’entre elle, vers la spirale de l’échec. 80% d’une classe d’âge au baccalauréat ? Facile ! Il suffit de mettre la barre au ras du sol.

Qu’on se le dise : le baccalauréat français actuel, où les mentions bien et très bien pleuvent comme les publicités sur une radio commerciale, n’a guère plus de valeur qu’un billet de Monopoly. Les faux-monnayeurs coupables de ce désastre sont les organisateurs des réformes successives, toutes plus démagogiques les unes que les autres, qui se gargarisent de “valeurs républicaines” mais ne font, au final, qu’accélérer la fracture sociale et retarder l’émergence d’une véritable conscience citoyenne. Forcément : lorsque le peuple leur demandera des comptes, ils risquent de passer un mauvais quart d’heure.

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