{"id":8438,"date":"2017-03-03T06:27:22","date_gmt":"2017-03-03T05:27:22","guid":{"rendered":"https:\/\/aitia.fr\/erd\/?p=8438"},"modified":"2017-03-13T06:42:34","modified_gmt":"2017-03-13T05:42:34","slug":"chroniques-des-sciences-inhumaines-et-asociales-episode-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/aitia.fr\/erd\/chroniques-des-sciences-inhumaines-et-asociales-episode-4\/","title":{"rendered":"Chroniques des sciences inhumaines et asociales (\u00e9pisode 4)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Gibier#En_cuisine\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft wp-image-8439\" src=\"https:\/\/aitia.fr\/erd\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/640px-Hiepes-bodegon_aves_y_liebre.jpg\" width=\"400\" height=\"280\" srcset=\"https:\/\/aitia.fr\/erd\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/640px-Hiepes-bodegon_aves_y_liebre.jpg 640w, https:\/\/aitia.fr\/erd\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/640px-Hiepes-bodegon_aves_y_liebre-300x210.jpg 300w, https:\/\/aitia.fr\/erd\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/640px-Hiepes-bodegon_aves_y_liebre-600x420.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/a>[<em>Note de l&#8217;administrateur de ce blog : vous pourrez retrouver les pr\u00e9c\u00e9dents articles de mon coll\u00e8gue scientifique, de nom d&#8217;artiste Cadet Roussel, <a href=\"https:\/\/aitia.fr\/erd\/chroniques-des-sciences-inhumaines-et-asociales-episode-1\/\" target=\"_blank\">ici<\/a>, <a href=\"https:\/\/aitia.fr\/erd\/lecroulement-de-la-ziggourat\/\" target=\"_blank\">l\u00e0<\/a> ou encore <a href=\"https:\/\/aitia.fr\/erd\/chroniques-des-sciences-inhumaines-et-asociales-episode-3\/\" target=\"_blank\">l\u00e0<\/a>. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Les sujets trait\u00e9s sont vari\u00e9s, mais toujours motiv\u00e9s par une aversion pour le mensonge, surtout lorsqu&#8217;il sert \u00e0 dissimuler, voire \u00e0 justifier des crimes. Avertissement : allergiques \u00e0 l&#8217;humour noir, passez votre chemin.<\/em>]<\/p>\n<hr \/>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00c9pisode 4<\/h3>\n<h2 style=\"text-align: center;\">Bon boulot<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">On se l\u00e8ve t\u00f4t \u00e0 la campagne. Tradition datant du temps pas si lointain des fermes paysannes\u00a0: le coq chantait, les vaches meuglaient, il fallait quitter son lit, avaler un bol de caf\u00e9 et aller soigner les b\u00eates. Chaque jour le labeur immuable reprenait pour ces vies vou\u00e9es au travail. \u00c0 pr\u00e9sent les \u00e9tables sont ferm\u00e9es, les granges servent de garage. Le boucher ne tue plus ses b\u00eates dans la cour\u00a0; le sang ne caille plus dans le caniveau. Les \u00e9piceries ont disparu, chacun va faire ses achats en voiture au supermarch\u00e9, dans la zone commerciale hideuse qui a mang\u00e9 des hectares de bonne terre \u00e0 la sortie de la ville. On n\u2019attend plus le car sous l\u2019auvent, et si l\u2019on a oubli\u00e9 d\u2019acheter une motte de beurre, on y retourne. M\u00eame les bistrots de village ne sont plus que des souvenirs\u00a0; si l\u2019on boit, c\u2019est devant la t\u00e9l\u00e9 qui diffuse des nouvelles sur Alep mise \u00e0 feu et \u00e0 sang par Bachar le Boucher et Vlad le Terrible, actuels points \u00e0 effacer de l\u2019Axe du mal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">\u00c0 la fin de l\u2019\u00e9t\u00e9, j\u2019allai dans le village natal de mon grand-p\u00e8re paternel, o\u00f9 une maison de famille n\u00e9cessitait des travaux. J\u2019arrivai tard le soir et allai me coucher aussit\u00f4t.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">Six heures et demi, le matin\u00a0: une voix claironnante <em>\u00ab\u00a0J\u2019ai vu ta voiture gar\u00e9e devant la porte, alors je suis venue te dire bonjour\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em>. La cousine qui cultive le jardin, pour s\u2019occuper. Une cousine comme on est cousins \u00e0 la campagne\u00a0; son grand-p\u00e8re \u00e9tait cousin germain de mon arri\u00e8re-grand-p\u00e8re. Ou peut-\u00eatre cousin issu de germains, on en discute dans la famille, ou plut\u00f4t on en discutait car le retrait\u00e9 g\u00e9n\u00e9alogiste a tranch\u00e9 le d\u00e9bat dans un sens dont je n\u2019ai pas gard\u00e9 souvenir. Je me l\u00e8ve d\u2019un bond, pr\u00e9pare le caf\u00e9 et sers la cousine qui me raconte les plus r\u00e9centes nouvelles des siens. Oui, les petits-enfants vont bien, les a\u00een\u00e9s ont d\u00e9j\u00e0 des compagnes ou des compagnons, ils ont du travail, on n\u2019a pas \u00e0 se plaindre, tout le monde ne peut en dire autant. Bient\u00f4t ce sera l\u2019ouverture, alors on se pr\u00e9pare\u00a0: ils graissent les fusils et prom\u00e8nent les chiens. Ils m\u2019ont demand\u00e9 de ravauder les poches de leurs vestes, d\u00e9chir\u00e9es aux branches l\u2019an dernier\u00a0; cela m\u2019occupe, et puis cela me fait plaisir de les voir contents. Il y a du li\u00e8vre et du sanglier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">&#8211;\u00a0Du sanglier, ici, dans cette campagne\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">&#8211; Ah, non, tu penses-bien. Ici, depuis le remembrement, un merle ne trouve plus o\u00f9 faire son nid, sauf dans le petit bois de la Peue. On a bien plant\u00e9 une haie le long du grand chemin, mais pas plus pour ne pas g\u00eaner les tracteurs. Tu sais, c\u2019est des monstres\u00a0: cent cinquante chevaux, parfois plus\u00a0; il para\u00eet qu\u2019il faut cela pour l\u2019agriculture maintenant. Quand j\u2019\u00e9tais gamine, on \u00e9tait content d\u2019avoir vingt quintaux \u00e0 l\u2019hectare. Dans les ann\u00e9es soixante, avec les engrais chimiques, on a eu quarante et papa se demandait si ce n\u2019\u00e9tait pas trop demander \u00e0 la terre. \u00c0 pr\u00e9sent, les terres c\u2019est plus que de la chimie et il n\u2019y a plus de papillons, mais c\u2019est cent-vingt quintaux qu\u2019ils tirent, et il en faut quarante rien que pour payer les frais\u00a0: c\u2019est que \u00e7a co\u00fbte ces machines. Et si tu savais la quantit\u00e9 de gasoil\u00a0! C\u2019est que \u00e7a boit ces grosses b\u00eates-l\u00e0. Bien plus que mes vaches ne buvaient, rapport \u00e0 la taille. Des monstres je te dis, aussi larges que les chemins\u00a0; il leur faut de la place et les arbres, \u00e7a les g\u00eanerait. Alors le conseil municipal a renonc\u00e9 \u00e0 mailler les haies\u00a0; \u00e7a reste comme \u00e7a. C\u2019est dommage, car l\u2019hiver quand le vent souffle, qu\u2019est-ce qu\u2019il fait froid\u00a0! Ce n\u2019\u00e9tait pas comme \u00e7a avant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">Alors les enfants vont chasser en Puisaye, avec la voiture c\u2019est facile et il y a de tout l\u00e0-bas. Du chevreuil aussi, mais il faut des bracelets, c\u2019est normal, on ne tire pas ce qu\u2019on veut. Il faut se restreindre pour ne pas g\u00e2cher. C\u2019est la chasse, pas la guerre comme ces horreurs qu\u2019on voit \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, je n\u2019y comprends rien. Le ministre, je ne sais plus son nom, tu sais, le chauve qui a succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 un autre chauve&#8230; Comment dis-tu\u00a0? Fabius\u00a0? Oui c\u2019est \u00e7a\u00a0; et l\u2019autre\u00a0? Ah, oui, tu as raison, Jupp\u00e9, cela me revient maintenant. Et bien le ministre \u2013 le deuxi\u00e8me chauve \u2013 il a dit que des gars faisaient bien d\u2019en tuer d\u2019autres. Quelle piti\u00e9 d\u2019entendre \u00e7a\u00a0! Comme si c\u2019\u00e9taient pas des gens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">La conversation continua, et je m\u2019\u00e9veillai peu \u00e0 peu. Encore une demi-heure de causette, et il fallut couper court pr\u00e9cipitamment\u00a0; la cousine avait une t\u00e2che urgente, une de ces t\u00e2ches qui peut attendre ind\u00e9finiment \u2013\u00a0arroser les b\u00e9gonias, recoudre un bouton, repasser une nappe d\u2019autel (car c\u2019est la messe annuelle dans l\u2019\u00e9glise bient\u00f4t) \u2013 mais une t\u00e2che qu\u2019il est urgent de rendre urgente afin de se donner encore un tempo, un horaire, un rythme, dans une vie de fermi\u00e8re honoraire qui n\u2019a plus de contraintes, plus de lapin \u00e0 occire et d\u00e9pouiller, ni la fiert\u00e9 de laver chaque jour ses vaches (\u00ab Les n\u00f4tres \u00e9taient toujours les plus propres\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">On s\u2019embrasse, on se quitte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">Un mois apr\u00e8s, je reviens voir l\u2019avancement des travaux. Le ma\u00e7on me montre son ouvrage, et puis nous parlons politique. Qu\u2019est-ce que \u00e7a va devenir tout \u00e7a\u00a0? Et ces guerres qu\u2019ils font les Am\u00e9ricains, cela va-t-il finir\u00a0? Quinze ans qu\u2019ils y sont l\u00e0-bas comme si c\u2019\u00e9tait chez eux. Et voil\u00e0 maintenant que la France y va aussi\u00a0; il faudrait bien que \u00e7a cesse, parce qu\u2019il y a d\u00e9j\u00e0 assez de probl\u00e8mes ici. Il ne faudrait pas en rajouter. Et puis \u00e7a pourrait tourner mal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">Nous regardons ensemble les travaux \u00e0 finir, puis je vais voir la cousine. Elle est dans sa cuisine et m\u2019accueille toute en sourires. Oui, tout va bien, je te remercie. Alors vos travaux avancent, c\u2019est bien\u00a0; le ma\u00e7on est un homme s\u00e9rieux, je te l\u2019avais dit, avec lui cela ne tra\u00eene pas, ni les devis, ni le travail, ni les factures\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">&#8211;\u00a0Et la chasse\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">&#8211;\u00a0Ah, eh bien, ils \u00e9taient contents\u00a0! Ils ont bien tu\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\"><em>\u00ab\u00a0Ils ont bien tu\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>. La joie des chasseurs, et le bon repos \u00e0 la fin d\u2019une belle journ\u00e9e d\u2019automne. Le repas des chasseurs, et des chasseresses aussi, car les femmes ne restent plus \u00e0 la maison \u00e0 faire chauffer la soupe en attendant le retour, et d\u00e9sormais ne suivent pas seulement leur homme mais tirent aussi avec plaisir. Deux sangliers et plusieurs li\u00e8vres. Oui, vraiment, ils ont bien tu\u00e9. Cela m\u00e9rite bien un bon repas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">Et qu\u2019est-ce qu\u2019il a dit le ministre, \u00e0 la t\u00e9l\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\"><em>\u00ab\u00a0Sur le terrain, les gars d\u2019Al Nosra font du bon boulot\u00a0! \u00bb<\/em>. Quelques bombardements pour commencer, et quelques \u00e9gorgements en plus pour parfaire une journ\u00e9e en plein air.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">Oui, vraiment, ils ont bien tu\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">Concluons\u00a0: Pour un ministre chauve, le ravage d\u2019un pays nagu\u00e8re encore ami, le massacre et l\u2019exil, les \u00e9gorgements, les bombardements, les mutilations, l\u2019eau pollu\u00e9e, les ruines qu\u2019il faudra trente ans pour relever, tout \u00e7a c\u2019est une bonne partie de chasse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">Du bon boulot qui vaut bien un bon banquet.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[Note de l&#8217;administrateur de ce blog : vous pourrez retrouver les pr\u00e9c\u00e9dents articles de mon coll\u00e8gue scientifique, de nom d&#8217;artiste Cadet Roussel, ici, l\u00e0 ou encore l\u00e0. 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