{"id":302,"date":"2014-12-26T00:37:24","date_gmt":"2014-12-25T22:37:24","guid":{"rendered":"https:\/\/aitia.fr\/erd\/?p=302"},"modified":"2019-09-25T06:56:41","modified_gmt":"2019-09-25T04:56:41","slug":"les-mysteres-de-la-gauche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/aitia.fr\/erd\/les-mysteres-de-la-gauche\/","title":{"rendered":"Les myst\u00e8res de la gauche"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft wp-image-9136 size-medium\" src=\"https:\/\/aitia.fr\/erd\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/les-mysteres-de-la-gauche-193x300.jpg\" alt=\"les myst\u00e8res de la gauche - Mich\u00e9a\" width=\"193\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/aitia.fr\/erd\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/les-mysteres-de-la-gauche-193x300.jpg 193w, https:\/\/aitia.fr\/erd\/wp-content\/uploads\/2014\/12\/les-mysteres-de-la-gauche.jpg 400w\" sizes=\"(max-width: 193px) 100vw, 193px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le genre :<\/strong> sociologie politique moqueuse<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jean-Claude Mich\u00e9a, professeur de philosophie \u00e0 la retraite, fait partie de ces &#8220;semi-pestif\u00e9r\u00e9s&#8221; des media dominants : on l&#8217;invite rarement, mais on l&#8217;invite tout de m\u00eame, histoire de montrer qu&#8217;on a l&#8217;esprit large, sans oublier bien s\u00fbr de\u00a0mettre en face de lui un chroniqueur ou \u00e9ditorialiste aussi \u00e0 l&#8217;aise face au micro que lui est emprunt\u00e9, et aussi superficiel\u00a0(donc confortable \u00e0 l&#8217;\u00e9coute) que lui est profond (donc exigeant pour l&#8217;attention de l&#8217;auditeur).<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Exemple sur France-Culture, la radio qui ose pr\u00e9senter Caroline Fourest comme une journaliste :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><iframe loading=\"lazy\" src=\"\/\/www.youtube.com\/embed\/HyIoADUU_FQ\" width=\"420\" height=\"315\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les livres de Mich\u00e9a sont courts et d&#8217;une structure, pouvant rebuter certains, qu&#8217;on peut qualifier d&#8217; &#8220;universitaire&#8221; : les commentaires sur le texte, sous forme de notes et de sous-notes, sont plus longs que le texte lui-m\u00eame. On retrouve l\u00e0 une manie bien connue des publications scientifiques, que Georges P\u00e9rec avait joyeusement croqu\u00e9e dans son impayable\u00a0<a title=\"Cantatrix Sopranica L. - Georges P\u00e9rec\" href=\"https:\/\/web.archive.org\/web\/20170521131414\/http:\/\/wij.free.fr:80\/tomatrix.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><em>Experimental Demonstration\u00a0of the tomatotopic organization\u00a0in the Soprano<\/em><\/a>. Mais revenons au sujet : les myst\u00e8res de la gauche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Beaucoup de nos hommes et femmes politiques &#8220;de gauche&#8221;, devant la mont\u00e9e croissante des in\u00e9galit\u00e9s sociales et du ch\u00f4mage dont souffrent les plus d\u00e9munis, disent militer pour une &#8220;vraie gauche&#8221;, autre fa\u00e7on de dire que celle de leurs concurrents est\u00a0la fausse, celle qui n&#8217;est &#8220;pas assez \u00e0 gauche&#8221; et fait &#8220;trop de cadeaux au patronat&#8221;. Cela rappelle, au passage, ceux qui militent pour &#8220;<a title=\"une autre Europe\" href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=UPpXKtSJcRI\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">une autre Europe<\/a>&#8221; ou &#8220;plus d&#8217;Europe&#8221; au fur et \u00e0 mesure que l&#8217;Union Europ\u00e9enne se r\u00e9v\u00e8le chaque jour un peu plus catastrophique pour les peuples (mais pas pour ses dirigeants).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le grand m\u00e9rite de Mich\u00e9a est de renverser la perspective (pour ne pas dire le <a title=\"L\u2019inversion de paradigme\" href=\"https:\/\/aitia.fr\/erd\/linversion-de-paradigme\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">paradigme<\/a>) : non, la trahison\u00a0des classes populaires par la gauche n&#8217;est pas un accident d\u00fb \u00e0 des &#8220;compromis avec le capital&#8221;, la faute \u00e0 &#8220;pas assez de gauche&#8221;, mais au contraire la cons\u00e9quence logique des valeurs philosophiques port\u00e9es par cette gauche (qu&#8217;il ne confond pas avec le socialisme), \u00e0 savoir le refus des normes sociales conduisant \u00e0 un \u00a0individualisme exacerb\u00e9, le lib\u00e9ralisme \u00e9conomique \u00e9tant la cons\u00e9quence\u00a0du lib\u00e9ralisme culturel, qui est donc l&#8217;origine de\u00a0la marchandisation de tout (et m\u00eame de tous&#8230;) dans un monde sans limites morales et morcel\u00e9 en &#8220;communaut\u00e9s&#8221; ayant perdu la notion de bien commun.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 une forme parfois d\u00e9sagr\u00e9able par ses renvois, ce livre est une petite merveille de philosophie politique, maniant les concepts avec un humour toujours bienvenu. Extrait :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8220;Le probl\u00e8me, c&#8217;est que la croyance constitutive de la gauche en un &#8220;sens de l&#8217;histoire&#8221; (la majestueuse marche en avant automatique du genre humain, de la r\u00e9voltante &#8220;barbarie&#8221; originelle &#8211; les Dogons et les Yanomanis &#8211; jusqu&#8217;\u00e0 la merveilleuse modernit\u00e9 occidentale &#8211; Steve Jobs, les centrales nucl\u00e9aires et la <em>Techno Parade<\/em>) rendait <em>a priori<\/em> tr\u00e8s compliqu\u00e9e la critique radicale (ou m\u00eame la simple compr\u00e9hension) de cette \u00e9volution pourtant si logique du capitalisme. Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0, en effet, psychologiquement difficile pour un &#8220;homme de progr\u00e8s&#8221;, d&#8217;accepter la vieille id\u00e9e socialiste selon laquelle les individus avaient &#8220;d\u00fb sacrifier la meilleure part de leur qualit\u00e9 d&#8217;hommes pour accomplir les miracles de la civilisation&#8221; industrielle moderne (Engels). Mais aucun progressiste un tant soit peu coh\u00e9rent (c&#8217;est-\u00e0-dire intimement convaincu qu&#8217;avant <em>c&#8217;\u00e9tait forc\u00e9ment pire dans tous les domaines<\/em>) n&#8217;aurait pu admettre sans trembler l&#8217;id\u00e9e &#8211; pourtant nouvelle &#8211; qu&#8217;une partie pourtant d\u00e9cisive, <em>et surtout sans cesse croissante<\/em>, de la &#8220;richesse&#8221; mat\u00e9rielle produite par le nouveau capitalisme de consommation (ainsi, naturellement, que le mode de vie &#8220;lib\u00e9r\u00e9&#8221; qui en repr\u00e9sente l&#8217;envers culturel et qui avait pris naissance aux \u00c9tats-Unis quelques d\u00e9cennies plus t\u00f4t) contribuait, dans les faits, \u00e0 compromettre chaque jour un peu plus la possibilit\u00e9 d&#8217;\u00e9difier une soci\u00e9t\u00e9 socialiste d\u00e9cente. De l\u00e0, la certitude \u00e0 pr\u00e9sent in\u00e9branlable &#8211; et qui est au principe de toute sensibilit\u00e9 de gauche moderne &#8211; selon laquelle <em>tout<\/em> jugement n\u00e9gatif \u00e0 propos des effets de cette modernisation \u00e9conomique, morale et culturelle permanente que le capitalisme de consommation induit n\u00e9cessairement &#8211; le plan Marshall et les &#8220;trente glorieuses&#8221; en avaient donn\u00e9 le coup d&#8217;envoi &#8211; ne saurait proc\u00e9der que d&#8217;une coupable &#8220;nostalgie&#8221; pour un monde &#8220;disparu&#8221; ou d&#8217;un sinistre penchant &#8220;r\u00e9actionnaire&#8221; au &#8220;repli sur soi&#8221; et \u00e0 la &#8220;peur de l&#8217;autre&#8221; (comme si, en somme, Jacques Tati et Semp\u00e9 \u00e9taient devenus les symboles m\u00eames de toutes ces id\u00e9es &#8220;naus\u00e9abondes&#8221; qui pourraient\u00a0un jour nous ramener aux &#8220;heures les plus sombres de notre histoire&#8221;).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le genre : sociologie politique moqueuse Jean-Claude Mich\u00e9a, professeur de philosophie \u00e0 la retraite, fait partie de ces &#8220;semi-pestif\u00e9r\u00e9s&#8221; des media dominants : on l&#8217;invite rarement, mais on l&#8217;invite tout de m\u00eame, histoire de montrer qu&#8217;on a l&#8217;esprit large, sans oublier bien s\u00fbr de\u00a0mettre en face de lui un chroniqueur ou \u00e9ditorialiste aussi \u00e0 l&#8217;aise [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[9],"tags":[66,64,65,63],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/aitia.fr\/erd\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/302"}],"collection":[{"href":"https:\/\/aitia.fr\/erd\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/aitia.fr\/erd\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/aitia.fr\/erd\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/aitia.fr\/erd\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=302"}],"version-history":[{"count":29,"href":"https:\/\/aitia.fr\/erd\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/302\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13582,"href":"https:\/\/aitia.fr\/erd\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/302\/revisions\/13582"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/aitia.fr\/erd\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=302"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/aitia.fr\/erd\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=302"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/aitia.fr\/erd\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=302"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}