{"id":11980,"date":"2019-02-03T13:49:38","date_gmt":"2019-02-03T12:49:38","guid":{"rendered":"https:\/\/aitia.fr\/erd\/?p=11980"},"modified":"2019-02-04T14:03:02","modified_gmt":"2019-02-04T13:03:02","slug":"lire-levi-strauss-pour-en-finir-avec-limposture-antiraciste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/aitia.fr\/erd\/lire-levi-strauss-pour-en-finir-avec-limposture-antiraciste\/","title":{"rendered":"Lire L\u00e9vi-Strauss pour en finir avec l&#8217;imposture &#8220;antiraciste&#8221;"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/biogrph.wordpress.com\/article\/claude-levi-strauss-1x4qvbqoz9orn-149\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft wp-image-12250\" src=\"https:\/\/aitia.fr\/erd\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/claudelevistrauss-460x4801-rec-288x300.jpeg\" alt=\"\" width=\"355\" height=\"370\" srcset=\"https:\/\/aitia.fr\/erd\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/claudelevistrauss-460x4801-rec-288x300.jpeg 288w, https:\/\/aitia.fr\/erd\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/claudelevistrauss-460x4801-rec.jpeg 460w\" sizes=\"(max-width: 355px) 100vw, 355px\" \/><\/a>Parmi les dol\u00e9ances exprim\u00e9es par les Gilets jaunes, figure le droit de contester les politiques d&#8217;immigration massives pr\u00e9sent\u00e9es par l&#8217;oligarchie r\u00e9gnante comme un devoir d&#8217;accueil moralement obligatoire envers des peuples en d\u00e9tresse. Une immigration qualifi\u00e9e par certains d&#8217;incontr\u00f4l\u00e9e, par d&#8217;autres de planifi\u00e9e et contr\u00f4l\u00e9e dans le but d&#8217;affaiblir les peuples, ces masses laborieuses qui ont le culot de demander des comptes \u00e0 leurs gouvernants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quiconque ose remettre en doute ce dogme migratoire, voire faire observer que les r\u00e9cents afflux de migrants &#8220;fuyant la guerre&#8221; (d\u00e9clench\u00e9e par qui ?) sont majoritairement constitu\u00e9s d&#8217;hommes jeunes, et non de familles enti\u00e8res comme ce fut le cas par exemple pour les populations fuyant le Vietnam ou le Cambodge \u00e0 d&#8217;autres \u00e9poques, est imm\u00e9diatement jet\u00e9 dans la cat\u00e9gorie des racistes, des x\u00e9nophobes, des fascistes et des sympathisants de <em>l&#8217;extr\u00eamedrouate<\/em>. Il faut en effet \u00eatre sacr\u00e9ment complotiste pour remarquer que si les pauvres migrants fuyant la guerre sont pour l&#8217;essentiel des hommes jeunes, c&#8217;est qu&#8217;ils sont laiss\u00e9 la plupart des femmes, des enfants et des vieillards se charger de r\u00e9tablir la paix dans leur pays.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour tenter de garder la t\u00eate froide, et pouvoir argumenter sans s&#8217;\u00e9nerver aupr\u00e8s de certains qui ont tout mais reprochent \u00e0 ceux qui n&#8217;ont plus rien de ne pas assez partager, il vaut mieux s&#8217;appuyer sur des valeurs s\u00fbres, des \u0153uvres qui sont rest\u00e9es non parce qu&#8217;elles ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&#8217;un <em>marketing<\/em> appuy\u00e9, mais tout simplement parce qu&#8217;elles ont fait progresser les connaissances humaines. Celle de <a href=\"https:\/\/www.lorientlejour.com\/article\/763864\/Lintegralite_du_discours_dAmin_Maalouf_a_lAcademie_francaise.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Claude L\u00e9vi-Strauss<\/a> en fait partie, un ethnologue &#8220;par accident&#8221; (il \u00e9tait philosophe de formation) qui ne faisait pas semblant de travailler, et partait de la r\u00e9alit\u00e9 du terrain pour \u00e9laborer des th\u00e9ories plut\u00f4t que de partir d&#8217;une th\u00e9orie pour aller glaner sur le terrain, entre deux congr\u00e8s, quelques faits qui la confortent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la pr\u00e9face du recueil d&#8217;articles <em>Le regard \u00e9loign\u00e9<\/em>, publi\u00e9 en 1983, Claude L\u00e9vi-Strauss raconte comment son texte <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Race_et_Culture\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>Race et Culture<\/em><\/a>, lu \u00e0 l&#8217;UNESCO le 22 mars 1971, a suscit\u00e9 quelque scandale parmi ceux de ses auditeurs qui pla\u00e7aient l&#8217;id\u00e9ologie au-dessus des faits, le conformisme intellectuel avant le travail. Je me contenterai ici de reproduire la fin de cette pr\u00e9face (\u00e0 partir du milieu de la p. 13, \u00e9dition de 1983 chez Plon), sans commentaire mais en soulignant en gras quelques phrases qui me paraissent significatives.<\/p>\n<p>L&#8217;ignorance n&#8217;est jamais vertu. Bonne lecture.<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je viens avec retard au texte intitul\u00e9 <em>Race et culture<\/em>, pour\u00adtant plac\u00e9 en t\u00eate de ce recueil, parce qu\u2019il appelle un commen\u00adtaire plus long et surtout d\u2019autre nature. En 1971, l\u2019Unesco m\u2019avait demand\u00e9 d&#8217;ouvrir l\u2019ann\u00e9e internationale de lutte contre le racisme par une grande conf\u00e9rence. La raison de ce choix \u00e9tait probablement que, vingt ans auparavant, j\u2019avais \u00e9crit un texte, <em>Race et histoire<\/em>, aussi command\u00e9 par l\u2019Unesco (republi\u00e9 dans <em>Anthropologie structurale deux<\/em>, chapitre XVIII) qui a connu un certain retentissement. Sous une pr\u00e9sentation peut-\u00eatre neuve, j\u2019y \u00e9non\u00e7ais quelques v\u00e9rit\u00e9s premi\u00e8res, et je me suis vite aper\u00e7u qu\u2019on attendait seulement de moi que je les r\u00e9p\u00e8te. Or, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, d\u00e9j\u00e0, pour servir les institutions internationales auxquelles plus qu&#8217;aujourd\u2019hui je me sentais tenu de faire cr\u00e9dit, dans la conclusion de <em>Race et histoire<\/em> j&#8217;avais quelque peu forc\u00e9 la note. Du fait de l\u2019\u00e2ge peut-\u00eatre, des r\u00e9flexions suscit\u00e9es par le spectacle du monde certaine\u00adment, je r\u00e9pugnais maintenant \u00e0 cette complaisance, et je me convainquais que, pour \u00eatre utile \u00e0 l\u2019Unesco et remplir honn\u00eatement la mission qu\u2019on me confiait, je devais m\u2019exprimer en toute franchise.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce fut un assez joli scandale. Je remis le texte de ma conf\u00e9rence quarante-huit heures \u00e0 l&#8217;avance. <strong>Le jour venu et sans que j&#8217;en eusse \u00e9t\u00e9 averti, Ren\u00e9 Maheu, alors Directeur g\u00e9n\u00e9ral, prit d\u2019abord la parole pour prononcer un discours dont le but n\u2019\u00e9tait pas seulement d\u2019exorciser par anticipation mes blas\u00adph\u00e8mes, mais aussi et m\u00eame surtout, de bouleverser l\u2019horaire pr\u00e9vu afin de m\u2019obliger \u00e0 des coupures qui, du point de vue de l\u2019Unesco, eussent \u00e9t\u00e9 autant de gagn\u00e9<\/strong>. Je r\u00e9ussis n\u00e9anmoins \u00e0 lire mon texte et terminai en temps voulu. Mais, <strong>apr\u00e8s la conf\u00e9rence, je rencontrai dans les couloirs des membres du personnel de l\u2019Unesco, catastroph\u00e9s que je m\u2019en fusse pris \u00e0 un cat\u00e9chisme qui \u00e9tait pour eux d\u2019autant plus un article de foi que son assimilation, r\u00e9ussie au prix d\u2019efforts m\u00e9ritoires contre leurs traditions locales et leur milieu social, leur avait valu de passer d\u2019un emploi modeste dans quelque pays en voie de d\u00e9veloppement \u00e0 celui, sanctifi\u00e9, de fonctionnaires d\u2019une institution internationale<\/strong><span id='easy-footnote-1-11980' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/aitia.fr\/erd\/lire-levi-strauss-pour-en-finir-avec-limposture-antiraciste\/#easy-footnote-bottom-1-11980' title='Je dois \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 de reconna\u00eetre que, r\u00e9flexion faite, mes propos de 1971 n\u2019ont pas paru si ind\u00e9cents, puisque le texte complet de ma conf\u00e9rence fut publi\u00e9 quelques mois plus tard dans la &lt;em&gt;Revue interna\u00adtionale des Sciences sociales&lt;\/em&gt;, sous les auspices de l\u2019Unesco.'><sup>1<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De quels p\u00e9ch\u00e9s m\u2019\u00e9tais-je donc rendu coupable ? J&#8217;en aper\u00e7ois r\u00e9trospectivement cinq. J\u2019ai d\u2019abord voulu rendre l\u2019auditoire sensible au fait que, depuis les premi\u00e8res campagnes de l\u2019Unesco contre le racisme, quelque chose s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 dans la production scientifique et que, pour dissiper les pr\u00e9jug\u00e9s raciaux, il ne suffisait plus de ressasser les m\u00eames arguments contre la vieille anthropologie physique, ses mensurations du squelette, ses \u00e9talonnages de couleurs de peau, d\u2019yeux et de cheveux&#8230; <strong>La lutte contre le racisme pr\u00e9suppose aujourd\u2019hui un dialogue largement ouvert avec la g\u00e9n\u00e9tique des popula\u00adtions, serait-ce seulement parce que les g\u00e9n\u00e9ticiens savent bien mieux que nous d\u00e9montrer l\u2019incapacit\u00e9 de fait ou de droit o\u00f9 l\u2019on est pour d\u00e9terminer, chez l\u2019homme, la part de l\u2019inn\u00e9 et celle de l&#8217;acquis. Mais, la question se posant d\u00e9sormais en termes scientifiques au lieu de philosophiques, les r\u00e9ponses m\u00eame n\u00e9gatives qu\u2019on lui donne perdent leur caract\u00e8re de dogme<\/strong>. Entre ethnologues et anthropologues, le d\u00e9bat sur le racisme se d\u00e9roulait nagu\u00e8re en vase clos ; reconna\u00eetre que les g\u00e9n\u00e9ticiens y font passer un grand souffle d&#8217;air frais me valait le reproche d\u2019introduire le loup dans la bergerie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En second lieu, <strong>je m\u2019insurgeais contre l\u2019abus de langage par lequel, de plus en plus, on en vient \u00e0 confondre le racisme d\u00e9fini au sens strict et des attitudes normales, l\u00e9gitimes m\u00eame, et en tout cas in\u00e9vitables<\/strong>. Le racisme est une doctrine qui pr\u00e9tend voir dans les caract\u00e8res intellectuels et moraux attribu\u00e9s \u00e0 un ensemble d\u2019individus, de quelque fa\u00e7on qu\u2019on le d\u00e9finisse, l\u2019effet n\u00e9cessaire d\u2019un commun patrimoine g\u00e9n\u00e9tique. On ne saurait ranger sous la m\u00eame rubrique, ou imputer automatiquement au m\u00eame pr\u00e9jug\u00e9 l\u2019attitude d&#8217;individus ou de groupes que leur fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 certaines valeurs rend partielle\u00adment ou totalement insensibles \u00e0 d\u2019autres valeurs. <strong>Il n\u2019est nullement coupable de placer une mani\u00e8re de vivre et de penser au-dessus de toutes les autres, et d\u2019\u00e9prouver peu d\u2019atti\u00adrance envers tels ou tels dont le genre de vie, respectable en lui-m\u00eame, s\u2019\u00e9loigne par trop de celui auquel on est tradition\u00adnellement attach\u00e9. Cette incommunicabilit\u00e9 relative n\u2019autorise certes pas \u00e0 opprimer ou d\u00e9truire les valeurs qu\u2019on rejette ou leurs repr\u00e9sentants, mais, maintenue dans ces limites, elle n\u2019a rien de r\u00e9voltant<\/strong>. Elle peut m\u00eame repr\u00e9senter le prix \u00e0 payer pour que les syst\u00e8mes de valeurs de chaque famille spirituelle ou de chaque communaut\u00e9 se conservent, et trouvent dans leur propre fonds les ressources n\u00e9cessaires \u00e0 leur renouvelle\u00ad ment. Si, comme je l&#8217;\u00e9crivais dans <em>Race et histoire<\/em>, <strong>il existe entre les soci\u00e9t\u00e9s humaines un certain optimum de diversit\u00e9 au-del\u00e0 duquel elles ne sauraient aller, mais en dessous duquel elles ne peuvent non plus descendre sans danger<\/strong>, on doit reconna\u00eetre que cette diversit\u00e9 r\u00e9sulte pour une grande part du d\u00e9sir de chaque culture de s\u2019opposer \u00e0 celles qui l\u2019envi\u00adronnent, de se distinguer d\u2019elles, <strong>en un mot d\u2019\u00eatre soi ; elles ne s\u2019ignorent pas, s\u2019empruntent \u00e0 l\u2019occasion, mais, pour ne pas p\u00e9rir, il faut que, sous d\u2019autres rapports, persiste entre elles une certaine imperm\u00e9abilit\u00e9<\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout cela devait \u00eatre rappel\u00e9, et plus encore aujourd&#8217;hui o\u00f9 <strong>rien ne compromet davantage, n\u2019affaiblit de l&#8217;int\u00e9rieur, et n\u2019affadit la lutte contre le racisme que cette fa\u00e7on de mettre le terme, si j\u2019ose dire, \u00e0 toutes les sauces, en confondant une th\u00e9orie fausse, mais explicite, avec des inclinations et des attitudes communes dont il serait illusoire d\u2019imaginer que l\u2019humanit\u00e9 puisse un jour s\u2019affranchir ni m\u00eame qu\u2019il faille le lui souhaiter<\/strong> : enflure verbale comparable \u00e0 celle qui, lors du conflit des Malouines, a entra\u00een\u00e9 tant d\u2019hommes politiques et de publicistes \u00e0 d\u00e9nommer combat contre un vestige du colonialisme ce qui n\u2019\u00e9tait en fait qu\u2019une querelle de remembrement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais parce que ces inclinations et ces attitudes sont, en quelque sorte, consubstantielles \u00e0 notre esp\u00e8ce, nous n\u2019avons pas le droit de nous dissimuler qu\u2019elles jouent un r\u00f4le dans l\u2019histoire : toujours in\u00e9vitables, souvent f\u00e9condes, et en m\u00eame temps grosses de dangers quand elles s\u2019exacerbent. <strong>J\u2019invitais donc les auditeurs \u00e0 douter avec sagesse, avec m\u00e9lancolie s\u2019ils voulaient, de l\u2019av\u00e8nement d\u2019un monde o\u00f9 les cultures, saisies d\u2019une passion r\u00e9ciproque, n\u2019aspireraient plus qu\u2019\u00e0 se c\u00e9l\u00e9brer mutuellement, dans une confusion o\u00f9 chacune perdrait l\u2019attrait qu\u2019elle pouvait avoir pour les autres et ses propres raisons d\u2019exister<\/strong>. En quatri\u00e8me lieu, j\u2019avertissais, puisqu\u2019il semblait en \u00eatre besoin, qu\u2019il ne suffisait pas de se gargariser ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e de bonnes paroles pour r\u00e9ussir \u00e0 changer les hommes. <strong>Je soulignais enfin que pour \u00e9viter de faire face \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, l\u2019id\u00e9ologie de l\u2019Unesco s\u2019abritait trop facilement derri\u00e8re des affirmations contradictoires<\/strong>. Ainsi \u2014 le pro\u00adgramme de la Conf\u00e9rence mondiale sur les politiques cultu\u00adrelles, tenu \u00e0 Mexico en 1982, devait le mettre encore mieux en lumi\u00e8re et je le cite donc \u2014 en s\u2019imaginant qu\u2019on peut sur\u00admonter par des mots bien intentionn\u00e9s des propositions anti\u00adnomiques comme celle visant \u00e0 \u00abconcilier la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 soi et l\u2019ouverture aux autres \u00bb, ou \u00e0 favoriser simultan\u00e9ment \u00abl\u2019affir\u00admation cr\u00e9atrice de chaque identit\u00e9 et le rapprochement entre toutes les cultures \u00bb. Il me semble donc que, vieux de douze ans, le texte de ma conf\u00e9rence reste encore actuel. Il montre, en tout cas, que je n\u2019ai pas attendu la vogue de la sociobiologie, ni m\u00eame l\u2019apparition du terme, pour poser certains probl\u00e8mes ; ce qui ne m\u2019a pas emp\u00each\u00e9 huit ans plus tard (ch. II du pr\u00e9sent recueil) de donner mon sentiment sur cette pr\u00e9tendue science, d\u2019en critiquer le flou, les extrapolations imprudentes et les contradictions internes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Hors les textes dont j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9, il y a peu \u00e0 dire sur ceux qui suivent, sinon que plusieurs, \u00e9crits pour des m\u00e9langes en l\u2019honneur ou \u00e0 la m\u00e9moire de coll\u00e8gues, souffraient dans leur r\u00e9daction premi\u00e8re des inconv\u00e9nients inh\u00e9rents \u00e0 ce genre d\u2019exercice. On promet par amiti\u00e9, admiration ou estime, et l\u2019on retourne aussit\u00f4t \u00e0 des t\u00e2ches qu\u2019on n&#8217;a ni le go\u00fbt ni la libert\u00e9 d\u2019interrompre ; quand expire le d\u00e9lai, il faut exp\u00e9dier un texte qu\u2019on aurait d\u00fb mieux soigner, en se donnant pour excuse que le d\u00e9dicataire sera plus sensible \u00e0 l\u2019intention qu&#8217;\u00e0 la mati\u00e8re, et que, de toute fa\u00e7on, une composition h\u00e9t\u00e9roclite, habituelle pour des m\u00e9langes, leur vaudra fort peu de lecteurs. J\u2019ai donc revu de pr\u00e8s ces textes pour en nuancer les termes, r\u00e9parer des omissions ou combler \u00e7\u00e0 et l\u00e0 des lacunes dans l\u2019argumentation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, dans la derni\u00e8re partie, j\u2019ai rassembl\u00e9 divers \u00e9crits entre lesquels n\u2019appara\u00eet pas imm\u00e9diatement un lien : consi\u00add\u00e9rations sur la peinture, souvenirs de ma vie \u00e0 New York il y a quelque quarante ans, propos de circonstance sur l\u2019\u00e9ducation et sur les droits de l\u2019homme. Pourtant, un m\u00eame fil les traverse et les rattache au premier chapitre du livre : pris ensemble, on peut y voir une r\u00e9flexion sur les rapports de la contrainte et de la libert\u00e9. Car si les recherches ethnolo\u00adgiques apportent un enseignement \u00e0 l\u2019homme moderne, c\u2019est bien que des soci\u00e9t\u00e9s souvent d\u00e9crites comme soumises \u00e0 l\u2019empire de la tradition, et dont toute l\u2019ambition serait de rester telles, jusque dans leurs moindres usages, que les dieux ou les anc\u00eatres les cr\u00e9\u00e8rent au commencement des temps, offrent au regard de l\u2019investigateur un foisonnement prodigieux de coutumes, croyances et formes d\u2019art qui t\u00e9moignent pour les capacit\u00e9s de cr\u00e9ation in\u00e9puisables de l\u2019esprit humain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Qu\u2019il n\u2019y ait pas d\u2019opposition entre la contrainte et la libert\u00e9, qu\u2019au contraire elles s\u2019\u00e9paulent \u2014 toute libert\u00e9 s\u2019exer\u00e7ant pour tourner ou surmonter une contrainte, et toute contrainte pr\u00e9sentant des fissures ou des points de moindre r\u00e9sistance qui sont pour la cr\u00e9ation des invites \u2014 rien ne peut mieux, sans doute, dissiper l\u2019illusion contemporaine que la libert\u00e9 ne supporte pas d\u2019entraves, et que l&#8217;\u00e9ducation, la vie sociale, l\u2019art requi\u00e8rent pour s\u2019\u00e9panouir un acte de foi dans la toute-puissance de la spontan\u00e9it\u00e9 : illusion qui n&#8217;est certes pas la cause, mais o\u00f9 l\u2019on peut voir un aspect significatif de la crise que traverse aujourd\u2019hui l\u2019Occident<\/strong>.<\/p>\n<hr \/>\n<p class=\"\" style=\"text-align: justify;\">Pour comprendre cette crise dont parle L\u00e9vi-Strauss, je ne saurais trop recommander \u00e0 mes lecteurs l&#8217;ouvrage encyclop\u00e9dique de Herv\u00e9 Juvin <a href=\"https:\/\/aitia.fr\/erd\/la-grande-separation\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>La grande s\u00e9paration<\/em><\/a>, dont j&#8217;ai d\u00e9j\u00e0 fait ici une fiche de lecture. Ou encore, sur des aspects plus limit\u00e9s \u00e0 une frange de la caste politico-m\u00e9diatique, celle qui persiste \u00e0 lutter contre un fascisme imaginaire tout en contribuant \u00e0 mettre en place le nouveau fascisme r\u00e9el, <a href=\"https:\/\/aitia.fr\/erd\/les-mysteres-de-la-gauche\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>Les myst\u00e8res de la gauche<\/em><\/a> de Jean-Claude Mich\u00e9a.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Parmi les dol\u00e9ances exprim\u00e9es par les Gilets jaunes, figure le droit de contester les politiques d&#8217;immigration massives pr\u00e9sent\u00e9es par l&#8217;oligarchie r\u00e9gnante comme un devoir d&#8217;accueil moralement obligatoire envers des peuples en d\u00e9tresse. Une immigration qualifi\u00e9e par certains d&#8217;incontr\u00f4l\u00e9e, par d&#8217;autres de planifi\u00e9e et contr\u00f4l\u00e9e dans le but d&#8217;affaiblir les peuples, ces masses laborieuses qui ont [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[3,9],"tags":[555,1174,1176,1175,513,1172,1171,1173],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/aitia.fr\/erd\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11980"}],"collection":[{"href":"https:\/\/aitia.fr\/erd\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/aitia.fr\/erd\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/aitia.fr\/erd\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/aitia.fr\/erd\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=11980"}],"version-history":[{"count":39,"href":"https:\/\/aitia.fr\/erd\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11980\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12329,"href":"https:\/\/aitia.fr\/erd\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11980\/revisions\/12329"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/aitia.fr\/erd\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=11980"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/aitia.fr\/erd\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=11980"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/aitia.fr\/erd\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=11980"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}