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Prostate : la grande erreur (Richard J. Ablin)

“Quand on n’a qu’un marteau, tout devient un clou” dit le proverbe. C’est un problème récurrent, et même de plus en plus fréquent, dans l’activité scientifique contemporaine : l’hyper-spécialisation des chercheurs fait d’eux des experts de pointe dans l’utilisation d’un appareillage complexe (et généralement très coûteux) ou dans la manipulation de concepts qui paraîtront tout à fait ésotériques même à d’autres membres de leur discipline. Cet investissement intellectuel et financier croissant les rend de plus en plus imperméables à des changements radicaux de paradigmes, pourtant souvent nécessaires dans les grandes percées de la science (un bref exemple avec Dirac ici).

Mais le problème s’aggrave encore lorsqu’à l’aspect purement humain s’ajoute la pression financière, qui oriente les recherches dans la direction qui génère le plus de profits pour certains, et non dans celle qui maximise le bien commun. C’est particulièrement vrai en médecine, où les laboratoires pharmaceutiques, qui sont des entreprises capitalistes comme d’autres et sont donc gouvernées par la recherche du profit, ont vite fait de présenter comme des progrès thérapeutiques ce qui n’est que l’asservissement de la pratique médicale au marteau universel de la médecine occidentale : l’analyse.

Je vous propose ci-dessous un cas particulièrement criant de “faux progrès”, le dépistage du cancer de la prostate par le dosage de PSA (antigène prostatique spécifique), via la traduction d’un article paru le 9 mars 2010 dans le New York Times, et dont l’auteur n’est autre que le découvreur de cet antigène prostatique spécifique, un chercheur américain. Le fait qu’il semble particulièrement bien placé pour en critiquer l’utilisation ne semble pas suffisant pour pousser les autorités médicales à prendre les mesures de santé publique qu’il recommande.

Il sera utile de garder à l’esprit comment est traité le problème du cancer de la prostate par ces autorités lorsqu’on cherchera à évaluer la pertinence de leur politique en matière de “prévention vaccinale”.

J’ajoute que l’hypertrophie bénigne de la prostate dont il parle, et qui constitue une véritable gêne même si elle ne mène pas à un cancer, peut être efficacement traitée par des compléments alimentaires d’origine naturelle, notamment à base de β-sitostérol, qu’on trouve dans le palmier de Floride, et d’autres substances présentes dans le prunier d’Afrique, l’ortie, le pépin de courge, ainsi que par du zinc.


Par Richard J. Ablin, le 9 mars 2010

Chaque année 30 millions d’Américains subissent des analyses d’antigène prostatique spécifique [prostate specific antigen ou PSA, NdT], une enzyme produite par la prostate. Autorisé par la Food and Drug Aministration en 1994, le test de PSA est l’outil le plus courant de dépistage du cancer de la prostate.

La popularité de ce test a provoqué un désastre de santé publique d’un coût faramineux. C’est un problème dont je suis hélas très familier – j’ai découvert le PSA en 1970. Alors que le Congrès cherche des moyens pour réduire le coût de notre système de santé, d’importantes économies pourraient être réalisées en changeant la façon dont l’antigène est utilisé pour dépister le cancer de la prostate.

Les Américains dépensent un budget énorme en analyses de dépistage pour le cancer de la prostate. La facture annuelle pour le test de PSA est au moins de 3 milliards de dollars, dont la plupart est payée par Medicare et par le Département des Anciens combattants [Veterans Administration, NdT].

Le cancer de la prostate peut avoir une grande exposition médiatique, mais considérons les chiffres : les hommes américains ont 16% de chances d’avoir un diagnostic de cancer de la prostate, mais seulement 3% de chances d’en mourir. La raison en est que la majorité des cancers de la prostate évoluent lentement. En d’autres termes, les hommes suffisamment chanceux pour atteindre un grand âge ont beaucoup plus de chances de mourir avec un cancer de la prostate que de mourir à cause de ce cancer.

Et même dans ce cas, le test n’est pas beaucoup plus efficace qu’un tirage à pile ou face. Comme j’ai essayé de le clarifier depuis de nombreuses années déjà, le test de PSA ne peut pas détecter le cancer de la prostate et, encore plus important, il ne peut pas distinguer entre les 2 types de cancer de la prostate – celui qui va vous tuer et celui qui ne va pas vous tuer.

Au lieu de cela, le test révèle simplement combien d’antigène prostatique un homme a dans le sang. Les infections, les abus de médicaments comme l’ibuprofène [un anti-inflammatoire très courant, NdT], et l’hypertrophie bénigne de la prostate peuvent tous élever le taux de PSA, mais aucun de ces facteurs n’est un signe de cancer. Des hommes avec des taux bas peuvent être porteurs de cancers dangereux, tandis que d’autres avec des taux élevés peuvent être en parfaite santé.

En approuvant la procédure de dépistage, la FDA s’est basée pour l’essentiel sur une étude qui démontrait que le test de PSA pouvait détecter 3,8% des cancers de la prostate, ce qui était meilleur que la méthode standard, un toucher rectal.

Il n’empêche que 3,8% est un score faible. Cependant, en particulier aux débuts du dépistage, des hommes ayant plus de 4 nanogrammes par millilitre de PSA étaient envoyés faire des biopsies de prostate douloureuses. Si la biopsie montrait le moindre signe de cancer, on poussait quasiment toujours le patient vers la chirurgie, une radiothérapie intensive ou d’autres traitements invalidants.

La communauté médicale se détourne progressivement du dépistage par le PSA. L’année dernière, le New England Journal of Medicine a publié les résultats des deux plus grandes études de cette procédure de dépistage, une en Europe et une aux États-Unis. Les résultats de l’étude américaine montrent que sur une période de 7 à 10 ans, le dépistage ne réduisait pas la mortalité des hommes de 55 ans et plus.

L’étude européenne montre une baisse légère de mortalité, mais montre également que 48 hommes doivent subir le traitement pour qu’une seule vie soit sauvée. Ce sont ainsi 47 hommes qui, selon toute vraisemblance, ne peuvent plus fonctionner sexuellement ou rester longtemps éloignés des toilettes.

Beaucoup de partisans du dépistage précoce, dont Thomas Stamey, un urologue renommé de l’Université de Stanford, se sont élevés contre le dépistage de routine ; le mois dernier, la Société Américaine du Cancer [American Cancer Society] a exhorté à plus de prudence dans l’utilisation du test. La Faculté Américaine de Médecine Préventive [American College of Preventive Medicine] a également conclu qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves pour recommander le dépistage de routine.

Alors pourquoi est-il toujours utilisé ? Parce que les compagnies pharmaceutiques continuent à faire la promotion des tests et que des lobbies [advocacy groups, NdT] poussent à la “sensibilisation sur le cancer de la prostate” en encourageant les hommes au dépistage. De façon honteuse, l’Association Américaine des Urologues continue à recommander le test, tandis que l’Institut National du Cancer reste vague sur la question, disant que la preuve n’est pas claire.

Le comité fédéral mis en place pour évaluer les tests de dépistage du cancer, le Preventive Services Task Force, a récemment recommandé le test de PSA pour les hommes âgés de 75 ans et plus. Mais ce comité n’a toujours pas émis de recommandation ni dans un sens ni dans l’autre pour les hommes plus jeunes.

Le test de l’antigène prostatique spécifique a bien une utilité. Après un traitement pour un cancer de la prostate, par exemple, un résultat rapidement croissant indique une reprise de la maladie. Et les hommes avec une prédisposition familiale au cancer de la prostate devraient probablement recourir au test régulièrement. Si leurs résultats commencent à monter en flèche, cela pourrait être un signe de cancer.

Mais ces usages sont limités. Le dépistage ne devrait absolument pas être déployé pour suivre la totalité des hommes de plus de 50 ans, ce que préconisent les défenseurs du profit.

Je n’ai jamais imaginé que ma découverte il y a quarante ans conduirait à un tel désastre de santé publique engendré par la recherche du profit. La communauté médicale doit regarder la réalité en face et arrêter d’utiliser de façon inadéquate le test de PSA. Faire cela économiserait des milliards de dollars et éviterait à des millions d’hommes des traitements inutiles et invalidants.

 

Richard J. Ablin est professeur-chercheur en immunobiologie et pathologie à la Faculté de Médecine de l’Université d’Arizona et le président de la Fondation pour la Recherche sur le Cancer Robert Benjamin Ablin.

5 commentaires sur “Prostate : la grande erreur (Richard J. Ablin)

  1. Bonjour,

    En 1808, le chimiste anglais Joseph Dalton (aucun rapport avec Lucky Luke), démontre que deux gaz quelconques se combinent toujours dans des proportions de poids simples.
    Ainsi 1 g de dihydrogène réagit avec 8 g de dioxygène pour former 9 g d’eau.
    Selon Dalton, ces résultats s’expliquent si l’on suppose que la matière est constituée de “petites particules indivisibles”.
    Pas mal, Joe ! Lâche pas l’affaire, tu tiens le bon bout !
    Or donc, il y a à peine plus de deux siècles, faisant prout-prout avec des gaz et en une intuition géniale se fondant sur une “expérimentation scientifique sérieuse”, good old Joe subodore l’existence de l’atome.
    Et que de chemin accompli depuis ! Que ne doit-on à la science, que dis-je La Science, et à son corollaire, le progrès technologique !

    Ou bien ? Car en approfondissant les recherches, on découvre dans la Grèce Antique – 450 ans av. JC, excusez du peu – une Ecole Atomiste.
    Celle-ci nous décrit avec force détails To Atomo, l’atome (What else ? avec un nom pareil on se doute bien qu’elle ne vas pas nous refiler la recette de la tartiflette). Laissons Démocrite nous décrire l’atome :
    “Les atomes se déplacent de manière tourbillonnaire dans tout l’univers, et sont à l’origine de tous les composés. Les atomes se meuvent éternellement dans le vide infini”.
    …ainsi que la molécule :
    “Ils entrent parfois en collision et rebondissent au hasard ou s’associent selon leurs formes, mais ne se confondent jamais. La génération est alors une réunion d’atomes, et la destruction, une séparation, les atomes se maintenant ensemble jusqu’à ce qu’une force plus forte vienne les disperser de l’extérieur.
    C’est sous l’action des atomes et du vide que les choses s’accroissent ou se désagrègent : ces mouvements constituent les modifications des choses sensibles. Ces agglomérations et ces enchevêtrements d’atomes constituent ainsi le devenir. L’être n’est donc pas un, mais est composé de corpuscules”.

    Ces atomistes n’étaient pas une bande de joyeux Professeurs Nimbus s’ébattant sur les bords de la mer Egée en laissant libre cours à une imagination débridée car cette idée de l’atome semble universellement partagée par le monde antique.
    Ainsi, l’Ecole Jaina en Inde nous dit que “L’atome est défini comme la particule la plus subtile, c’est-à-dire, sans parties. Il ne peut pas être coupé ou divisé”.
    Les présocratiques parlent eux d’insécabilité de l’atome.
    Mais la science moderne a démontré que les savants de l’antiquité se trompaient car en fait l’atome est sécable par la fission nucléaire.
    Ouf, l’honneur est sauf !

    Question :
    Lorsque les anciens définissent l’atome comme insécable, doit-on voir là une limite à leur savoir ?

    Cordialement,
    A. Zobbo

    1. Selon René guenon les mouvements atomistes étaient des sectes hétérodoxes et leurs arguments ont été combattus notamment en Inde par shankaracharya qui a expliqué que les corps matériels étaient forcément étendus donc indéfiniment divisibles et que dans ces conditions il ne pouvait pas exister dans la matière des éléments indivisibles tels que des atomes.

  2. Merci François.

    Plutôt qu’un rappel à l’histoire, j’ai conçu mon message comme une charge radicale, impitoyable contre les principes qui régissent la science moderne (d’ou la question de conclusion).
    Comme vous le montrez, celle-ci scinde le monde en une multitude de domaines de compétence, de spécialités toujours plus hermétiques et indépendantes et ce faisant, perd de vue tous principes généraux.
    A l’instar de René Guénon, je considère qu’elle porte en elle cette dégénérescence de par ce mode de fonctionnement même.
    Elle est privée de conscience.

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