Pourquoi il ne se passe rien (bis, Antipresse)

[Note de l’administrateur de ce blog : il serait difficile, ayant diffusé il y a une semaine “Pourquoi il ne se passe rien“, d’ignorer la suite qu’en donne aujourd’hui Slobodan Despot, sous forme d’un témoignage qui en outre corrobore de très près mon expérience personnelle (même si mon “éveil” est beaucoup plus tardif que le sien, et que je le dois à d’autres sujets), en particulier le dernier paragraphe. Je vous livre donc ici la suite (et fin) de l’histoire, et vous recommande une fois de plus la lecture du Drone, voire l’abonnement à cette petite revue si méritante qui, elle, ne reçoit aucune subvention.]


A la suite du documentaire d’Adam Curtis, Hypernormalisation (voir Antipresse 101), sur le remplacement de notre réalité contemporaine par un monde de synthèse, j’ai réinterprété certains événements cruciaux de ma propre vie, et qui ont déterminé mon destin.

Un témoignage personnel : Bosnie, 1992

«Nous les avons tous suivis, parce que la simplicité était rassurante.» (Hypernormalisation)

Quoique contestable sur bien des points, Hypernormalisation reste un remarquable exercice d’intelligence au sens premier : inter-lier des faits en apparence disparates. Il m’a aidé, entre autres choses, à comprendre ma propre trajectoire.

De manière significative, Curtis fait appel à des références littéraires (et non «scientifiques») pour une compréhension profonde des systèmes : le Pique-nique au bord du chemin des frères Strougatski pour l’URSS moribonde (roman qui servit de base au film Stalker de Tarkovski), et, pour l’Occident, la puissant univers romanesque de William Gibson qui forgea le concept de cyberspace. Cela ouvre une réflexion étourdissante sur le rapport entre la création littéraire et la compréhension concrète du monde où nous vivons. Mais revenons sur le cœur du sujet.

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Pourquoi il ne se passe rien (Antipresse)

[Note de l’administrateur de ce blog : Antipresse tape encore dans le mille, mais cette fois le billet de Slobodan Despot se contente de relater le contenu d’un documentaire produit par la BBC, Hypernormalisation, ce qui prouve que même les mass media arrivent à produire des œuvres audiovisuelles lucides sur la société qui les nourrit.

La dystopie dont il est question ici n’a rien d’imaginaire : parmi les institutions en faillite qui nous guident avec constance dans la “gestion de la perception” ou “l’entretien du simulacre”, figure en bonne place l’université dont la tête fait exactement l’inverse de ce qui justifie son existence : la transmission des connaissances, la pédagogie du raisonnement et la défense de l’esprit critique.

Quand un individu sans la moindre légitimité, ni académique, ni morale, ni politique, et encore moins nationale – puisqu’il œuvre ouvertement aux intérêts d’une puissance étrangère – se permet d’attaquer au bazooka un de ses membres dans une lettre qui mériterait d’être reprise verbatim dans un sketch de Dieudonné tant elle est grotesque, l’université non seulement ne remet pas à sa place l’auteur de la dénonciation calomnieuse, mais tente d’enfoncer davantage la victime au cours d’une procédure disciplinaire où le mensonge – direct ou par omission – tient lieu d’argument, où l’ignorance tient lieu de savoir et où toute discussion de fond est soigneusement évitée.

Les articles d’Antipresse sont désormais accessibles via Le Drone, dont c’est aujourd’hui le numéro zéro. Un bulletin fort agréable à lire qu’il est même possible de recevoir chez soi sur du véritable papier, moyennant abonnement bien sûr. Cependant, même si la mise en page du Drone est bien supérieure à celle de ce blog, je choisis de reproduire ici en entier l’article suivant, ce qui permettra à d’éventuels lecteurs non francophones d’avoir une vague idée de son contenu via la traduction automatique disponible à la fin du texte.]


Nous nous sentons dépossédés comme citoyens, trompés comme électeurs, exploités comme consommateurs, empoisonnés comme patients. Notre environnement est tissé de faux-semblants. Malgré les catastrophes qui menacent et les révélations fracassantes sur la corruption du système, rien ne change, personne ne bouge. Pourquoi ? Sommes-nous tous paranos, ou notre monde se serait-il mis à marcher selon d’autres règles ?

Voici un an déjà, un film documentaire essayait de donner un sens à cette suspicion que chacun rumine sans oser l’exprimer ouvertement. Hypernormalisation d’Adam Curtis est produit par la BBC et cela constitue un utile sauf-conduit. S’il provenait d’une petite production «alternative», il eût vraisemblablement fini au purgatoire du conspirationnisme.

Curtis est un reporter audiovisuel original, connu et primé. Souvent taxé de gauchisme, lui-même se reconnaît plutôt des penchants conservateurs-libertariens. Son dernier opus témoigne d’une ambition vertigineuse de compréhension du monde actuel, tant par sa thèse que par sa longueur (2h45). Il dépeint une «grande rupture» qui serait survenue, selon lui, à l’orée des années 1970, lorsque la société industrielle est devenue trop complexe et menaçait d’échapper à tout contrôle.

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La boucle est bouclée (Antipresse)

Slobodan Despot au salon du livre à Genève en 2006

Slobodan Despot, salon du livre,
Genève, 2006

[Note de l’administrateur de ce blog : ayant moi-même eu l’occasion de me rendre dans une Yougoslavie en cours d’éclatement et partiellement en guerre durant l’été 1993, à l’occasion d’un séjour de vacances en Croatie qui avait fait sécession, comme la Slovénie, deux ans plus tôt, j’ai été particulièrement sensible à ce récit de Slobodan Despot.

En effet, ce qu’il restait du “paradis socialiste” yougoslave n’avait rien de bien effrayant : la moyenne bourgeoisie vivait bien – grâce souvent aux entreprises allemandes ou autrichiennes – dans des quartiers résidentiels de Zagreb où la nationalisation des villas ne se traduisait que par quelques voisinages forcés et un entretien défaillant des murs de clôture, la spéculation foncière n’avait pas autant mangé les espaces verts que dans d’autres villes occidentales comparables, et si les bons hôtels pour touristes offraient un confort plutôt spartiate par rapport aux standards français de l’époque, cela finissait par leur donner un certain charme exotique mettant en relief la splendeur architecturale des petites villes de la côte adriatique enrichies par la République de Venise.

Nettement plus inquiétants étaient bien sûr les barrages militaires que devaient traverser les cars à touristes, les maisons brûlées que l’on pouvait voir parfois le long de la route et les rues désertes, en plein midi et pour cause de couvre-feu, d’une ville aussi touristique que Zadar, que notre bateau nous permettait de contempler en longeant la côte entre Rijeka et l’île de Hvar. La Promenade des Anglais déserte en milieu de journée en plein été, ça vous parle ?]


Ce que j’ai cru comprendre du temps où nous sommes

Bref retour aux origines

Je suis né dans un pays sans liberté. L’économie y était contrôlée par l’État, à l’exception des toutes petites entreprises. L’éducation y était affaire d’État, sans exception. L’information y était affaire d’État. Tout, en somme, y était affaire d’État, et l’État était socialiste. Il œuvrait en théorie au bonheur futur de tous et en pratique à la satisfaction immédiate de quelques-uns. Les autres devaient se taire et faire semblant de ne pas voir ce qui crevait les yeux : qu’ils subissaient au nom de l’égalité et du progrès un système de castes dramatiquement sclérosé.

Cela dit, ne tombons pas dans le pathos. Ce n’était pas si grave que ça. On était dans la Yougoslavie de Tito. Comme me l’a résumé une amie roumaine: «Pour nous, sous Ceausescu, la Yougoslavie, c’était l’Amérique !» Le dictateur socialiste était habile et jouisseur. Pourquoi se priver? On construisait l’avenir radieux avec le sale pognon du capitalisme. On se faisait photographier en costume blanc, cigare au bec, une Sophia Loren pendue au bras. Les vedettes de la jet-set croisaient à bord du Galeb, le yacht du nabab rouge, à quelques encablures de Goli Otok, l’«Ile nue» de l’Adriatique où ce bon vivant avait organisé l’enfer sur terre pour ses opposants qui s’y surveillaient et s’y torturaient entre eux, presque sans l’aide de personne. Admirable économie de moyens!

Mais même cela n’était pas grave. La part de répression brute était négligeable. Tout le monde profitait un peu de la poussière d’étoiles semée dans le sillage du beau bateau blanc. Il suffisait de connaître la ligne rouge — ne jamais parler politique —, et l’absence de liberté se trouvait compensée par un agréable éventail de libertés.

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Quand le moins, c’est le plus
(Antipresse)

Slobodan Despot au salon du livre à Genève en 2006

Slobodan Despot, salon du livre,
Genève, 2006

[Note de l’administrateur de ce blog : le dimanche, c’est (parfois) Antipresse et je vous livre, cette fois, la deuxième partie d’une lettre de Slobodan Despot, sans vous avoir communiqué la première, mais avec une introduction de sa plume la rendant parfaitement compréhensible. Elle traite du jeûne et me semble au cœur des problèmes de nos sociétés “modernes” ou “progressistes”, qui ont un peu perdu l’habitude de douter d’elles-mêmes.

Le jeûne dont il est question ici est à prendre au sens premier : il s’agit de privation de nourriture. J’invite cependant mes lecteurs à méditer sur des acceptions plus larges de ce terme : la privation de biens matériels, voire la privation “d’information”, particulièrement à une époque où tout objet de la vie courante se doit d’être “connecté” (pour mieux vous déconnecter du réel ?).

En exergue d’un des chapitres de ma thèse j’avais choisi cette citation de Raymond Ruyer que je trouve plus que jamais d’actualité :

“Les intoxications par l’instruction sont bien plus graves que les intoxications par les sous-produits de l’industrie. Les encombrements d’information bien plus graves que les encombrements de machines et d’ustensiles. Les indigestions de signes, plus graves que les intoxications alimentaires.”

Il me restera ultérieurement à définir plus précisément cette notion d’information, au cœur de tant de nos problèmes. Mais c’est un vaste chantier qui n’est pas encore d’actualité.]


Les promesses de la faim (2ème partie)

J’avais l’intention de développer dans ce numéro d’Antipresse la quête du «médecin intérieur» que j’évoquais la semaine dernière et dont mon séjour sur les bords du Baïkal aura été une étape déterminante.

Au fil de l’écriture et de la consultation de mes notes, pourtant, des questions sont apparues. Il n’est pas de sujet plus délicat ni plus intime que la santé. Quel «guide», quel «gourou» suis-je pour transformer mon cas personnel en exemple à suivre? De quel droit et avec quel bénéfice pourrais-je faire de mon expérience — même pas encore bien digérée — une règle universelle ?

Je caricature, bien entendu. Toute idée de doctrine ou d’embrigadement m’est étrangère. Mais elle apparaît nécessairement, ne fût-ce qu’en germe, dans l’esprit du lecteur sitôt que quelqu’un lui dit : «Voyez, moi par exemple…» et se met à lui décrire les solutions qu’il a trouvées pour organiser sa propre vie.

Des pavés sous les ronces

Je suis allé en Russie pour ouvrir… des portes ouvertes ! J’ai emprunté sous accompagnement médical un chemin spontanément parcouru par les hommes depuis la nuit des temps. Le chemin du jeûne était jadis une grand-route, il était même la voie royale menant au rétablissement simultané des équilibres du corps et de l’esprit, cet état de plénitude qui seul mériterait l’appellation de santé.

Le sort de cette voie royale ressemble à celui des glorieuses viæ romanæ dont les pavés défoncés apparaissent parfois dans nos labours ou sur les chantiers des autoroutes — en obligeant les ingénieurs à suspendre les travaux et passer la main aux archéologues. C’était davantage qu’une méthode de guérison, c’était un art de vivre en s’auscultant et s’épargnant soi-même tout en épargnant ses ressources et celles de son environnement. Une sagesse plus qu’une science, un style plus qu’une discipline.

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Qui aime encore la France ? (Antipresse)

Armoiries non officielles de la République Française, telles qu’elles apparaissaient dans une encyclopédie Larousse de 1898.

[Note de l’administrateur de ce blog : le dimanche c’est (parfois) Antipresse et ce dimanche précisément, Slobodan Despot, ce non-français plus français que les vrais, nous parle de nos élections. Comment aurais-je pu ne pas vous en faire profiter, surtout qu’il tape, comme d’habitude, en plein dans le mille ?]


Pouvais-je, dans l’Antipresse, m’abstenir de tout commentaire, de toute analyse sur la présidentielle française ? Parfaitement ! La France n’est pas mon pays. Je n’y vis pas. Je suis étranger même à l’Union européenne. J’ai décliné plusieurs invitations à en débattre, jugeant inutile d’ajouter mon coup de klaxon à une bronca obsessionnelle qui occupe déjà tout l’univers mental des Français.

Grâce aux réseaux sociaux, la politique électorale a fini par pénétrer tous les pores de la vie publique. L’extrême personnalisation du débat (scandales, petites phrases, vices et compromissions) masque une profonde réticence à aborder les problèmes de fond. Les paramètres qui détermineront la vie des Français demain sont ceux-là mêmes que le barnum préélectoral jette dans l’ombre.

Je considère par ailleurs que la France n’a rien d’une démocratie. Comment peut-on parler de démocratie depuis le jour où son parlement s’est substitué au peuple en annihilant le résultat du référendum sur la Constitution européenne ? Le fait que les instances responsables n’aient pas immédiatement arrêté le président et les élus complices de ce coup d’État officialisait la transformation d’un gouvernement en régime.

Le putsch parlementaire permanent est du coup devenu le mode de gestion ordinaire des démocraties ouest-européennes, y compris de la Suisse. Des décisions de la plus haute importance pour l’avenir d’une communauté, prises dans les conditions de représentativité optimale, sont simplement balayées. Perpétuer une vie politique ordinaire dans ces conditions ne revient qu’à légitimer le simulacre. Les partis et leurs leaders s’emparent du manche à balai et font «vroum-vroum» en faisant mine d’ignorer que l’avion est passé sur autopilotage.

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Le cercle des poètes réels (Antipresse)

Slobodan Despot au salon du livre à Genève en 2006

Slobodan Despot, salon du livre,
Genève, 2006

[Note de l’administrateur de ce blog : Slobodan Despot livre cette fois dans Antipresse non une réflexion sur la société contemporaine, mais un témoignage sur ses activités de jeunesse et ce qu’il considérait alors comme des “expédients” pour financer ses études. Mais un témoignage qui, bien sûr, se révèle précieux pour comprendre les transformations radicales de nos sociétés “occidentales”, l’omniprésence du mensonge institutionnel qui les caractérise – qui n’est donc pas l’apanage des régimes despotiques qui sévissaient alors de l’autre côté du Rideau de Fer – et l’importance de la littérature, dans son acception la plus exigeante, pour s’en défaire.]


Je suis entré aux éditions L’Age d’Homme en 1986, à peine âgé de dix-neuf ans. Je m’étais inscrit à l’université de Lausanne sans conviction et je voulais financer mes études tout seul. Mon professeur de français au lycée m’avait recommandé d’aller frapper à la porte de cette maison prestigieuse dont le siège était également à Lausanne. A l’époque, L’Age d’Homme jouissait d’une renommée mondiale pour ses grandes traductions du monde slave, en particulier les œuvres immenses de Vassili Grossman et d’Alexandre Zinoviev. En plus de leurs exceptionnelles qualités littéraires, les grands auteurs slaves publiés à L’Age d’Homme étaient porteurs de témoignages capitaux et irréfutables contre un empire qu’il était encore malséant et dangereux de critiquer: le régime soviétique. Grossman comme Zinoviev, du reste, avaient d’abord été imprimés à L’Age d’Homme en langue originale russe et réintroduits en URSS par des canaux clandestins.

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Le cœur du Système (Antipresse)

Pour qui sont ces faisceaux
qui sifflent sur vos têtes ?

[Note de l’administrateur de ce blog : encore une livraison d’Antipresse, que je vous invite à suivre et à soutenir, la presse de courant dominant (“mainstream” en globish) ne remplissant plus son rôle, même quand c’est à la portée d’un enfant de huit ans.

Je complèterai juste cet article par une petite réserve : contrairement à Slobodan Despot, je n’écrirais pas que le Système “s’allie naturellement avec l’Islam”, mais au contraire qu’il tente de le détruire de l’intérieur par la création de toutes pièces d’hérésies totalitaires et sanguinaires. Et ceci particulièrement depuis une mise en scène spectaculaire à laquelle Slobodan Despot fait naturellement référence, puisqu’elle est la mère de toutes les manipulations du vingt-et-unième siècle jusqu’à aujourd’hui : le 11-Septembre, celui qui tend à faire oublier l’autre.]


«La propagande sert davantage à nous justifier nous-mêmes qu’à convaincre les autres; plus nous avons de raisons de nous sentir coupables, et plus fervente sera notre propagande.» (Eric Hoffer, The True Believer: Thoughts on the Nature of Mass Movements)

Dans Le Maître et Marguerite, le chef-d’œuvre de Mikhaïl Boulgakov, le Diable apparaît en personne sous la cape du magicien Woland. Le Diable est joueur: il s’amuse à tester la vanité et la crédulité des hommes. Et il sait qu’il n’est d’humains plus crédules que les incrédules de métier. C’est ainsi que son premier interlocuteur, Berlioz, vedette littéraire du Moscou soviétique et athée militant, finira décapité par un tramway, exactement comme le magicien le lui a prédit. Ah! S’il avait un seul instant pris au sérieux l’existence du Tentateur qui venait, justement, de lui offrir une cigarette…

Des blagues à ne pas faire en société

«Qu’est-ce que le Système?» me demandent sans cesse les idiots utiles du Système. (Tweet, 5.2.2017)

Nous sommes témoins d’une plaisanterie semblable lorsque nous parlons du «Système». Il m’arrive ainsi de lancer des aphorismes à ce sujet dont les échos sont connus d’avance: «Complotiste!», me répliquent aussitôt des sceptiques venus de divers horizons culturels et politiques, mais qui ont généralement en commun un binôme de caractéristiques paradoxal: d’un côté, la foi dans le rationalisme et le «fact-checking», et de l’autre des convictions morales et politiques d’une naïveté extrême. Ils s’attribuent à la fois une haute capacité de discernement, une mission de «vigilance citoyenne» et une position critique vis-à-vis du pouvoir. Dans le langage ras-du-sol des services, ce sont de parfaits idiots utiles.

L’idiot utile est celui qui croit qu’il ne croit pas ce qu’il croit, mais qu’il le sait. Que sa subjectivité n’y est pour rien. Que sa connaissance ne lui vient pas par un quelconque canal d’influence ou d’endoctrinement, mais de la vérité des choses elle-même. Sans filtre. Sans intermédiaire. Sans diable ni système.

Le Système, selon eux, n’existe pas. Ou, s’il existe, il n’a ni malice ni intention particulière. Il fait partie du paysage comme le climat ou la course des astres et obéit aux décrets des institutions comme la charrue au laboureur. Ce qui existe, pour cette catégorie d’esprits, c’est l’«Antisystème», à savoir tous ces milieux étranges et «sulfureux» qui, sous couvert de «résistance» contre un spectre de leur invention, complotent pour renverser la démocratie. Quelquefois, souvent même, ces innocents décrètent que le Système, c’est justement ça: l’Antisystème. Tout comme les étiquettes, les causes et les effets s’intervertissent facilement. Pour que l’«Antisystème» soit moralement condamnable, pour qu’on puisse le censurer et le liquider sans états d’âme, il est nécessaire que sa cause soit une illusion. Mais entre ces deux termes, lequel découle de l’autre? La nécessité de bâillonner l’opposition à cause de ses mensonges, ou la nécessité de prouver que ses vues sont des mensonges afin de la bâillonner?

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2017 ! Enfin ! (Antipresse)

“Année 2017 : les arbitres municipaux anti-pensée entrent en fonction.”

[Note de l’administrateur de ce blog : je ne pouvais pas manquer, en ce premier janvier, de laisser la parole à Antipresse et Slobodan Despot pour un éditorial de Nouvel An qui montre à quel point tous les éditorialistes grassement payés de notre presse subventionnée sont au mieux des crétins, et au pire des collabos d’une machine à mentir à bout de souffle.

J’ai pris la liberté d’en souligner un passage qui résonne particulièrement pour l’universitaire que je suis ; en effet, ayant eu l’occasion à plusieurs reprises de solliciter mes collègues sur le forum de mon université pour des problèmes d’une grande importance, aussi bien scientifique, pédagogique que politique ou éthique – notamment à l’occasion de la publication par la Société Européenne de Physique d’un article sur les démolitions volontaires du 11-Septembre – je n’ai eu en retour que des réponses nulles sur le fond, se moquant de toute règle scientifique de base, celles-là même que mes collègues et moi sommes censés enseigner aux étudiants. Et le pire, c’est qu’on les enseigne tous, y compris ceux qui ne les appliquent pas pour eux-mêmes.

Concernant la Syrie, je renvoie mes lecteurs à ce que j’écrivais début 2015, entre autres ; ou à cette question posée à mes étudiants en novembre dernier. Où l’on voit que la démolition des impostures médiatiques est à la portée d’un étudiant de licence, même lorsque ses professeurs refusent obstinément de s’y atteler et vont jusqu’à le traiter de “complotiste”.  Enfin, on pourra peut-être reprocher à Slobodan de ne pas parler d’Israël, pourtant bien présent parmi les fournisseurs de mensonge et de terreur aux côtés des USA et de l’Arabie Saoudite. Toutefois, il faut bien reconnaître que cet État-Frankenstein qui n’en est pas un (puisque tout État doit en premier lieu définir ses frontières) n’aurait pas vu le jour sans la complicité active de l’empire anglo-américain, ce qu’avait fort bien résumé Albert Eintein dans une lettre de 1948 que je ne me lasse pas de citer ici.]


2017! ENFIN!

par Slobodan Despot

2+0+1+7 = 10; 1+0 = 1.

Selon les numérologues, 2017 est une année qui vaut «1». Elle est l’opposé de l’an 2016 qui, lui, valait 9. 2016 était la fin d’un cycle, 2017 le début d’un autre.

C’est peut-être pour cela que — même quand on ne croit pas au langage des chiffres — personne n’aura l’idée de vous souhaiter, cette année, que les choses continuent «comme avant». La continuité est barrée de notre vocabulaire et de nos esprits. Elle est impensable, tant sur le plan des faits extérieurs que de la vie intérieure.

Sortie de glaciation

2016 fut, sous bien des aspects, une année prodigieuse et prophétique — toujours du point de vue des faits extérieurs. Elle a vu les Britanniques voter leur départ de l’UE, les Italiens renvoyer dans les filets un Premier ministre parachuté par la suprasociété et, surtout, les Américains voter pour un desperado jaune feu, le magnat des casinos Donald Trump.

Les deux derniers mois auront été particulièrement rocambolesques. Entre le coup de théâtre de l’élection U. S. et l’effondrement subséquent de l’illusion médiatique, l’expulsion des islamistes d’Alep et la signature d’un accord de cessez-le-feu en Syrie sans les USA, ce sont des pans essentiels de la carte géopolitique qui basculent de manière rapide et spectaculaire.

Après une période glaciaire d’un quart de siècle marquée par un seul avenir et une seule culture possibles pour la planète Terre, le monde est littéralement en train de reprendre des couleurs! Dans l’UE comme aux Etats-Unis ou en Suisse, au sein des organisations internationales, dans les groupes médiatiques et les facultés, des milliers de globocrates, de laborantins du nivellement mondial, ont, eux, viré au vert pâle. Ils sont les seuls à exiger du «comme avant». Toujours plus de «comme avant»! L’Europe de Bruxelles est en panne? C’est qu’il nous faut davantage de Bruxelles! La criminalité se répand dans des zones sans frontières en même temps que l’espionnage de la population s’aggrave? C’est qu’il y a encore trop de frontières, trop de barrières, trop de cloisons. Abaissez tout! Remplacez, dès que possible, les murs de vos demeures par des parois de verre, comme dans Zamiatine. Supprimez le cash et payez votre café avec une carte à puce traçable. Ainsi nous pourrons enfin tout voir et tout contrôler. En quoi cela vous dérange-t-il si vous n’avez rien à vous reprocher?

On éprouve une satisfaction profonde à voir ces apparatchiks, qui se sont toujours vus comme les locomotives du «progrès», les défricheurs de demain, vaticiner sur un quai désert sans remarquer que le train du XXIe siècle est parti sans eux. Eux qui pourfendaient sans relâche le «conservatisme» et la «réaction», les voici qui ne savent plus rien faire d’autre que nier la réalité présente et vouloir réappliquer de force des schémas de lecture erronés et des solutions révolues.

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La burqa de l’homme blanc (Antipresse)

[Note (un peu longue) de l’administrateur de ce blog : comme je l’ai fait à d’autres occasions, je relaie ici la prose brillante de Slobodan Despot que je reçois via la lettre dominicale d’Antipresse. Mais j’ai décidé de remplacer le titre original de l’article (“Le vrai rôle des médias de masse” , informatif mais plat) par une expression employée par Slobodan Despot dans son texte, que je trouve particulièrement lumineuse et ironique, traduisant en très peu de mots à la fois l’aveuglement (ou la cécité, ce qui revient au même…) et l’hypocrisie produits par les media de masse. Comme d’habitude, Slobodan Despot tape ici en plein dans le mille de la maladie de civilisation de l’ “Occident développé”.

J’ai choisi également de changer le portrait habituel de Slobodan Despot par une photographie annotée de la tour n°1 du World Trade Center peu avant sa chute, dont l’interprétation diffère du tout au tout suivant que l’on adhère à la religion des media de masse – et ne remet donc pas en cause leur Sainte Parole – ou que l’on exerce réellement son libre-arbitre en suivant la voie parfois difficile mais sûre de la raison. Dans le premier cas, on se lamentera et versera une larme sur l’extraordinaire “manque de chance” de l’entreprise de gestion des risques (!) Marsh & McLennan Companies, ayant perdu 295 de ses membres dans les attentats du 11 septembre 2001.

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Vers un monde nouveau (Antipresse)

Slobodan Despot au salon du livre à Genève en 2006

Slobodan Despot, salon du livre,
Genève, 2006

[Note de l’administrateur de ce blog : une fois de plus, je reproduis avec grand plaisir la prose de Slobodan Despot parue dans Antipresse, n° 51. Mais j’y ajouterai cette fois deux bémols, car je pense que son analyse de la situation, bien qu’à des kilomètres au-dessus de celles de nos “journalistes”, n’est pas suffisamment radicale pour atteindre le désenfumage total qu’il appelle de ses vœux.

En premier lieu, je ne serai pas aussi optimiste que lui sur la nomination de Michael Flynn comme conseiller à la défense de Donald Trump : bien que dissident par rapport à l’administration Obama, l’homme ne paraît pas être un désenfumeur mais un enfumeur tout aussi nocif que les autres, utilisant seulement une fumée de couleur différente. J’y reviendrai.

En second lieu, lorsqu’il parle des “théoriciens du syndrome de Stockholm à l’égard de l’islam”, il ne semble pas avoir compris que l’islam est aujourd’hui – et plus particulièrement depuis le 11 septembre 2001 – la cible d’une opération de grande ampleur visant à le détruire en promouvant au-delà du crédible ses expressions terroristes les plus caricaturales, notamment par les moyens médiatiques les plus modernes. On notera d’ailleurs que dans les contrées où l’islam a des racines profondes et solides (Iran par exemple), au contraire de ceux où son vernis clinquant dissimule fort mal l’hérésie dopée aux pétrodollars, les “terroristes islamiques” sont unanimement condamnés et combattus par les armes.

Allez Slobodan, encore un peu de désenfumage, et tu vas te rendre compte que l’étendue de la tromperie médiatique est encore plus grande que ce que tu imagines. Et peut-être comprendras-tu alors que l’obsession anti-islam de Michael Flynn est aussi irrationnelle que la tienne.]

Nous ne mesurons pas encore les répercussions de l’élection américaine. Il nous faudra pour cela des années. L’événement politique est l’arbre qui masque une forêt où plus un seul buisson n’est ce qu’il paraissait jusqu’à ce jour.

Pour ce qui nous concerne en général…

Ce qui, pour nous en Europe et dans le reste du monde, compte en premier lieu, c’est l’abandon par Trump de la désastreuse mission de «croisade du Bien» globale assignée voici 99 ans aux États-Unis par Woodrow Wilson, qui a fini non seulement par mettre le monde à feu et à sang, mais encore par amener les Américains eux-mêmes au bord de la misère. C’est donc, dans l’immédiat, l’éloignement probable d’une escalade militaire qui nous menait tout droit à la guerre nucléaire (et la nomination du général dissident Mike Flynn, ancien responsable du renseignement militaire, comme conseiller à la Défense, nous conforte dans ce soulagement).

La deuxième conséquence est le discrédit sans reste de tout notre système d’information officiel qui ne s’est pas contenté de ne pas voir venir l’actuel président, mais qui, de plus, a tout fait pour nous persuader qu’un tel hurluberlu n’avait même pas une chance de se trouver un coiffeur.

On ne juge que les perdants. Le filet du cerveaulavage était si étendu, si dense, qu’on l’a décrit sans trop d’exagération comme la Matrix du film éponyme. Il impliquait toute la panoplie des services, allant du renseignement à l’humanitaire (voir à ce propos l’article d’Éric Werner sur Snowden dans ce même numéro). Plus il s’éloignait de la réalité vécue, plus il lui fallait resserrer les mailles, colmater les interstices, éliminer les dissonances. Tout ceci ne pouvait passer qu’à un prix: le succès. Aujourd’hui, la mécanique est mise à nu comme le dispositif d’un illusionniste foireux.

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