Home » Actualité » Fondamentaux » Mediamensonges » Mort de Robert Faurisson :
1) quelques rappels sur les véritables méchants

Mort de Robert Faurisson :
1) quelques rappels sur les véritables méchants

Résultat visible de la sixième agression (sur dix)
de Robert Faurisson, le 16 septembre 1989.

Robert Faurisson est mort brutalement, ce dimanche 21 octobre, d’une crise cardiaque chez lui, à Vichy. Avant de commenter ultérieurement les réactions médiatiques suite à sa disparition, j’aimerais proposer ici la traduction d’un article paru en anglais d’Amérique le 6 août 2018 sous la plume de Ron Unz, écrivain, homme d’affaires, essayiste et homme politique américain – et accessoirement physicien théoricien de formation, personne n’est parfait.

L’article s’intitule “Pravda américaine : les Juifs et les Nazis” (en version originale : “American Pravda: Jews and Nazis”) et fait partie d’une série d’articles de la collection “Pravda américaine” où l’auteur entreprend de s’attaquer aux grands mensonges médiatiques car il s’agit, selon lui, du premier devoir de tout opposant à l’Establishment. Je ne peux que lui donner raison.

Je lui laisse donc la parole, car il est important de savoir d’où vient celle des donneurs de leçons et moralisateurs professionnels d’aujourd’hui. En espérant que mes lecteurs excuseront l’imperfection de cette traduction rapide, n’ayant pas de visée littéraire mais cherchant simplement à susciter la réflexion à une époque où les cervelles de moineau des twitters (pardon pour les moineaux, il ne s’agit que d’une expression) semblent donner le la de la réflexion philosophique.


Pravda américaine : les Juifs et les Nazis

par Ron Unz, publié le 6 août 2018

Il y a environ 35 ans, j’étais assis dans mon dortoir d’université à lire attentivement le New York Times comme chaque matin lorsque j’ai remarqué un article étonnant sur le nouveau Premier ministre israélien controversé, Yitzhak Shamir.

En ces temps révolus, la Grey Lady [surnom du New York Times, NdT] était une publication uniquement imprimée en noir et blanc, dépourvue des grandes photographies couleur de stars du rap et des longs articles sur les techniques de régime qui occupent une place si importante du contenu des journaux actuels, et elle semblait également bien plus critique dans ses reportages sur le Moyen-Orient. Environ un an plus tôt, le prédécesseur de Shamir, Menahem Begin, avait autorisé son ministre de la Défense, Ariel Sharon, à lui parler d’envahir le Liban et d’assiéger Beyrouth. Le massacre qui a suivi dans les camps de réfugiés de Sabra et de Chatila avait scandalisé le monde et mis en colère le gouvernement américain. Cela a finalement conduit à la démission de Begin, son ministre des Affaires étrangères Shamir prenant sa place.

Avant sa surprenante victoire aux élections de 1977, Begin avait effectué pendant des décennies une traversée du désert politique, étant considéré comme un extrémiste de droite infréquentable, et Shamir avait une réputation encore plus extrême, les principaux médias américains relatant librement sa longue implication dans toutes sortes d’assassinats de personnalités en vue et d’attaques terroristes dans les années 1940, et le dépeignant comme un homme vraiment mauvais.

Compte tenu des activités notoires de Shamir, peu de révélations auraient pu me choquer, mais celle-ci m’a choqué. Apparemment, à la fin des années 1930, Shamir et sa petite faction sioniste étaient devenus de grands admirateurs des fascistes italiens et des nazis allemands et, après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, ils avaient tenté à plusieurs reprises de contacter Mussolini et les dirigeants allemands, en 1940 et 1941, dans l’espoir de s’enrôler dans les puissances de l’Axe en tant qu’allié palestinien et de mener une campagne d’attaques et d’espionnage contre les forces britanniques locales, puis de partager le butin politique après le triomphe inévitable de Hitler.

Maintenant le Times voyait clairement Shamir sous un jour très négatif, mais il me semblait extrêmement improbable qu’ils aient publié une histoire aussi remarquable sans être absolument sûrs de leurs faits. Entre autres choses, il y avait de longs extraits des lettres officielles envoyées à Mussolini dénonçant avec férocité les systèmes démocratiques «décadents» de la Grande-Bretagne et de la France auxquels il s’opposait et affirmant au Duce que des notions politiques aussi ridicules n’auraient aucune place dans l’avenir de l’État client juif totalitaire qu’ils espéraient établir sous ses auspices en Palestine.

Il se trouve que l’Allemagne et l’Italie étaient toutes deux préoccupées par des questions géopolitiques plus vastes à l’époque et, vu la petite taille de la faction sioniste de Shamir, pas grand-chose semble n’avoir résulté de ces efforts. Mais l’idée que le Premier Ministre en exercice de l’État juif ait passé ses premières années de guerre en tant que groupie nazi était certainement quelque chose qui marque les esprits, et ne correspond pas tout à fait au récit traditionnel de cette époque que j’avais toujours accepté.

Fait remarquable, la révélation du passé pro-Axe de Shamir semble n’avoir eu qu’un impact relativement mineur sur son statut politique au sein de la société israélienne. Je pense que toute personnalité politique américaine reconnue pour avoir soutenu une alliance militaire avec l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale aurait eu beaucoup de difficulté à survivre au scandale politique qui en a résulté, et il en irait sûrement de même pour les personnalités politiques en Grande-Bretagne, en France, ou dans la plupart des autres pays occidentaux. Cependant, même si la presse israélienne était certainement embarrassée, en particulier après que cette histoire choquante a fait les manchettes de la presse internationale, apparemment, la plupart des Israéliens ont encaissé l’affaire sans sourciller et Shamir est resté au pouvoir pendant un an, puis a ensuite servi un deuxième et beaucoup plus long mandat en tant que Premier Ministre entre 1986 et 1992. Les Juifs d’Israël considéraient apparemment l’Allemagne nazie de manière tout à fait différente de la plupart des Américains, sans parler des Juifs américains.

 

À peu près à la même époque, un deuxième exemple intrigant de cette perspective israélienne totalement différente à l’égard des nazis a également attiré mon attention.En 1983, Amoz Oz, souvent décrit comme le plus grand romancier d’Israël, avait publié In the land of Israel et reçu des critiques élogieuses. Ce livre était un recueil de longs entretiens avec diverses personnalités de la société israélienne, tant modérées qu’extrêmes, ainsi que des reportages sur les Palestiniens qui vivaient également parmi eux.

Parmi ces profils idéologiques, l’un des plus courts, mais le plus discuté, était celui d’une personnalité politique particulièrement dure, qu’il ne nommait pas mais que pratiquement tout le monde pensait être Ariel Sharon, une conclusion certainement corroborée par les détails personnels et la description matérielle fournis. Au tout début, ce personnage indiquait que des personnalités de son genre idéologique avaient récemment été dénoncées comme des «judéo-nazis» par un éminent universitaire libéral israélien, mais au lieu de rejeter cette étiquette, il s’en félicitait pleinement. Ainsi, le sujet est généralement devenu connu dans les débats publics sous le nom de «judéo-nazi».

Qu’il se décrive en ces termes n’était guère exagéré, puisqu’il préconisait allègrement le massacre de millions d’ennemis israéliens et la vaste expansion du territoire israélien par la conquête de terres voisines et l’expulsion de leurs populations, ainsi que par le libre usage des armes nucléaires si eux-mêmes ou quelqu’un d’autre résistait un peu trop à ces efforts [NdT : tiens, ça me rappelle quelque chose.]. Selon ses vues audacieuses, les Israéliens et les Juifs en général étaient trop mous et trop humbles et devaient retrouver leur place dans le monde en redevenant un peuple conquérant, probablement détesté mais profondément craint. Pour lui, l’important massacre récent de femmes et d’enfants palestiniens à Sabra et Chatila n’avait aucune conséquence, et l’aspect le plus malheureux de l’incident était que les assassins avaient été les alliés des phalangistes chrétiens d’Israël plutôt que les soldats israéliens eux-mêmes.

Les excès rhétoriques sont assez fréquents parmi les politiciens et une promesse d’anonymat déliera évidemment de nombreuses langues. Mais peut-on imaginer une personnalité publique américaine ou occidentale qui parle en ces termes, sans parler de quelqu’un qui évolue dans les hautes sphères politiques ? De nos jours, Donald Trump tweete parfois une insulte crue et mal orthographiée à 2 heures du matin, et les médias américains en sont horrifiés. Mais étant donné que son administration fuit comme une passoire, s’il se vantait régulièrement auprès de ses confidents de l’éventualité de massacrer des millions de personnes, nous en aurions sûrement entendu parler. À cet égard, il ne semble pas y avoir la moindre preuve que les nazis allemands d’origine aient jamais parlé de cette manière en privé, et encore moins pendant qu’un journaliste prenait des notes avec soin. Mais pour les «judéo-nazis» d’Israël c’est une autre histoire.

Autant que je me souvienne, George Lincoln Rockwell dans les années 1960 était le dernier personnage de la vie publique américaine à se déclarer «nazi». Il était beaucoup plus un artiste de la performance politique qu’un véritable dirigeant politique. Même un personnage aussi marginalisé que David Duke a toujours nié mériter un tel qualificatif. Mais apparemment, la politique en Israël est soumise à des règles différentes.

En tout cas, les supposées déclarations de Sharon semblent avoir eu peu d’incidence négative sur sa carrière politique ultérieure. Après avoir passé quelque temps dans le désert politique après la catastrophe du Liban, il a finalement occupé le poste de Premier ministre pendant cinq ans de 2001 à 2006, même si par la suite, ses opinions ont été régulièrement dénoncées comme trop molles et compromettantes en raison de la dérive constante du spectre politique israélien vers la droite.

 

Zionism in the age of the dictators - Lenni BrennerAu fil des années, j’ai parfois tenté sans conviction de retrouver l’article de Shamir sur le Times, qui était resté gravé dans ma mémoire, mais n’y suis pas parvenu, soit parce qu’il avait été supprimé des archives du Times, soit plus probablement à cause de mes médiocres capacités de recherche. Mais je suis presque certain que cet article a été inspiré par la publication en 1983 du Sionisme à l’ère des dictateurs de Lenni Brenner, un antisioniste d’obédience trotskyste et d’origine juive. Je n’ai découvert que très récemment ce livre, qui raconte en réalité une histoire extrêmement intéressante.

Brenner, né en 1937, a passé toute sa vie à être un gauchiste pur et dur, avec des passions allant de la révolution marxiste aux Black Panthers. Il est manifestement captif de sa vision et de son idéologie. Ce contexte altère parfois le flux de son texte et les allusions périodiques aux «classes prolétariennes», à la «bourgeoisie» et aux «classes capitalistes» deviennent parfois un peu lassantes, de même que son acceptation irréfléchie de toutes les croyances communes à son cercle politique. Mais il est évident que seul un homme doté d’un engagement idéologique aussi fervent aurait été prêt à consacrer autant de temps et d’efforts à enquêter sur ce sujet controversé et à ignorer les dénonciations sans fin qui en résultaient, y compris les agressions physiques par des partisans sionistes [NdT : on peut donc être juif, marxiste et subir le même sort que Robert Faurisson].

En tout état de cause, sa documentation semble tout à fait irréprochable et, quelques années après la parution originale de son livre, il publie un volume d’accompagnement intitulé 51 Documents : Collaboration sioniste avec les nazis, qui fournit simplement des traductions en anglais de toutes les preuves brutes qui se cachent derrière son cadre analytique, permettant aux parties intéressées de lire ces documents et de tirer leurs propres conclusions.

Entre autres choses, Brenner fournit des preuves considérables que la faction sioniste de droite la plus importante et davantage mainstream, dirigée plus tard par le Premier ministre israélien Menahem Begin, était presque invariablement considérée comme un mouvement fasciste dans les années 1930, même en dehors de sa profonde admiration pour le régime italien de Mussolini. Cela ne pouvait pas être un grand secret à cette époque étant donné que son principal journal en Palestine publiait régulièrement une chronique d’un grand chef idéologique intitulée «Journal d’un fasciste». Au cours d’une des grandes conférences sionistes internationales, le chef de faction Vladimir Jabotinsky est entré dans la salle avec ses partisans en chemise brune en formation militaire complète, ce qui a conduit le président à interdire le port d’uniformes afin d’éviter une émeute, et sa faction a rapidement été défaite politiquement et finalement expulsée de l’organisation faîtière sioniste [NdT : le père de Benjamin Netanyahou, Bension Netanyahou, était le secrétaire de Jabotinsky.]. Ce revers majeur était dû en grande partie à l’hostilité généralisée suscitée par l’arrestation de deux de ses membres par la police britannique pour l’assassinat de Chaim Arlosoroff, l’un des plus hauts responsables sionistes basés en Palestine.

En effet, le penchant des factions sionistes de droite vers l’assassinat, le terrorisme et d’autres formes de comportement essentiellement criminel était vraiment remarquable. Par exemple, en 1943, Shamir avait organisé l’assassinat de son rival, un an après que les deux hommes s’étaient échappés ensemble pour un braquage de banque dans lequel des passants avaient été tués. Il affirmait avoir agi pour écarter le projet d’assassinat de David Ben Gourion, haut dirigeant sioniste et futur premier ministre fondateur d’Israël. Shamir et sa faction ont certainement poursuivi ce genre de comportement dans les années 1940, assassinant avec succès Lord Moyne, ministre britannique du Moyen-Orient, et le comte Folke Bernadotte, négociateur de la paix de l’ONU, bien qu’ils aient échoué dans leurs tentatives d’assassinat du président américain Harry Truman et du ministre britannique des Affaires étrangères Ernest Bevin , et leurs projets d’assassinat de Winston Churchill n’ont apparemment jamais dépassé le stade des discussions. Son groupe a également été un pionnier dans l’utilisation de voitures piégées terroristes et d’autres attaques explosives contre des cibles civiles innocentes, bien avant que les Arabes ou les musulmans aient jamais pensé à utiliser une tactique similaire et la faction sioniste dominante plus «modérée» a fait de même. Dans ce contexte, il n’était guère surprenant que Shamir fût plus tard directeur des assassinats du Mossad israélien de 1955 à 1965, donc si le Mossad a effectivement joué un rôle majeur dans l’assassinat du président John F. Kennedy, il était très probablement impliqué.

 

La couverture de l’édition de poche du livre de Brenner 2014 montre la médaille commémorative frappée par l’Allemagne nazie pour marquer son alliance sioniste, avec une étoile de David sur la face avant et une croix gammée à l’avers. Mais curieusement, ce médaillon symbolique n’avait absolument aucun lien avec les tentatives infructueuses de la petite faction de Shamir de constituer une alliance militaire nazie pendant la Seconde Guerre mondiale.

Bien que les Allemands aient prêté peu d’attention aux instances de cette organisation mineure, le mouvement sioniste traditionnel, beaucoup plus grand et plus influent, composé de Chaim Weizmann et de David Ben-Gourion, était tout autre chose. Et pendant la majeure partie des années 1930, ces autres sionistes avaient formé un partenariat économique important avec l’Allemagne nazie, fondé sur des intérêts communs évidents. Après tout, Hitler considérait un pour cent de Juifs dans la population allemande comme un élément perturbateur et potentiellement dangereux qu’il souhaitait voir disparaître, et le Moyen-Orient semblait être une destination de choix pour eux comme pour les autres. Dans le même temps, les sionistes avaient des objectifs très similaires et la création de leur nouvelle patrie nationale en Palestine nécessitait à la fois des immigrés juifs et un investissement financier juif.

Après que Hitler ait été nommé chancelier en 1933, des Juifs outragés du monde entier avaient rapidement lancé un boycott économique dans l’espoir de mettre l’Allemagne à genoux. Le célèbre Daily Express de Londres avait pour titre “La Judée déclare la guerre à l’Allemagne”. L’influence politique et économique juive, en ce temps-là tout comme maintenant, était très considérable et, au plus profond de la Grande Dépression, une Allemagne appauvrie devait exporter ou mourir, de sorte qu’un boycott à grande échelle sur les principaux marchés allemands constituait une menace potentiellement sérieuse. Mais cette situation a fourni aux groupes sionistes une excellente occasion d’offrir aux Allemands un moyen de lever cet embargo commercial et ils ont exigé des conditions favorables pour l’exportation de produits manufacturés allemands de haute qualité vers la Palestine, ainsi que de Juifs allemands. Lors de la Convention sioniste de 1933, dès que cet accord de transfert (“Ha’avara”) important avec les nazis a été annoncé, de nombreux juifs et sionistes ont été scandalisés, ce qui a provoqué diverses scissions et controverses. Mais l’accord économique était trop juteux pour y résister, et il a rapidement pris de l’ampleur.

L’importance du pacte nazi-sioniste pour l’établissement d’Israël est difficile à surestimer. Selon une analyse de 1974 publiée dans Jewish Frontier citée par Brenner, entre 1933 et 1939, plus de 60% de tous les investissements dans la Palestine juive provenaient de l’Allemagne nazie. L’appauvrissement mondial de la Grande Dépression a considérablement réduit le soutien financier juif permanent de toutes les autres sources, et Brenner laisse raisonnablement penser que, sans le soutien financier de Hitler, la colonie juive naissante, si petite et fragile, aurait facilement pu disparaître et mourir au cours de cette période difficile.

Une telle conclusion conduit à des hypothèses fascinantes. Lorsque je suis tombé pour la première fois sur des sites Web ici et là concernant l’accord Ha’avara, l’un des commentateurs a évoqué le problème en plaisantant à moitié, disant que si Hitler avait gagné la guerre, des statues lui auraient sûrement été construites et qu’il serait aujourd’hui considéré par les Juifs du monde entier comme le chef héroïque des Gentils qui a joué un rôle central dans le rétablissement de la patrie nationale du peuple juif en Palestine après presque 2000 ans d’exil amer.

Cette sorte de possibilité contre-factuelle étonnante n’est pas aussi totalement absurde que cela puisse paraître à nos oreilles actuelles. Nous devons reconnaître que notre compréhension historique de la réalité est façonnée par les médias [NdT : oh que oui !] et que les organes des médias sont contrôlés par les gagnants des grandes guerres et leurs alliés, les détails gênants étant souvent exclus pour éviter de dérouter le public. Il est indéniable que dans son livre de 1924, Mein Kampf , Hitler avait écrit toutes sortes de propos hostiles et désagréables sur les Juifs, en particulier ceux qui venaient d’immigrer de l’Europe de l’Est, mais lorsque j’ai lu le livre au lycée, j’étais un peu surpris de découvrir que ces sentiments anti-juifs ne semblaient guère au centre de son texte. En outre, quelques années auparavant, une personnalité beaucoup plus éminente, telle que le ministre britannique Winston Churchill, avait publié des sentiments presque aussi hostiles et méchants, en se concentrant sur les crimes monstrueux commis par des Juifs bolcheviques. Dans Esau’s Tears [Les larmes d’Esau] d’Albert Lindemann, j’ai été surpris de découvrir que l’auteur de la célèbre déclaration Balfour, qui fondait le projet sioniste, était apparemment aussi assez hostile aux juifs, ce qui l’a probablement motivé à les exclure de la Grande-Bretagne. [NdT : dans un autre domaine, j’ai bien connu et fréquenté une collègue, nullité de niveau olympique, qui trouva sans problème des âmes charitables pour lui écrire des lettres de recommandation flatteuses, tant ces mêmes âmes souhaitaient la voir partir au plus vite dans une autre université.]

Une fois que Hitler a consolidé son pouvoir en Allemagne, il a rapidement interdit toutes les autres organisations politiques au peuple allemand, seuls les symboles du parti nazi et les symboles politiques nazis étant légalement autorisés. Une exception spéciale a toutefois été faite pour les Juifs allemands et le parti légal sioniste allemand s’est vu accorder un statut juridique complet, les marches sionistes, les uniformes sionistes et les drapeaux sionistes étant entièrement autorisés. Sous Hitler, toutes les publications allemandes étaient strictement censurées, mais le journal hebdomadaire sioniste était vendu librement dans tous les kiosques à journaux et à tous les coins de rue. Il semblait clair qu’un parti national-socialiste allemand était le foyer politique approprié pour la majorité allemande à 99% du pays, alors que le national-socialisme sioniste jouerait le même rôle pour la minuscule minorité juive.

En 1934, les dirigeants sionistes ont invité un important responsable SS à passer six mois dans la colonie juive de Palestine. À son retour, ses impressions très favorables sur l’entreprise sioniste grandissante ont été publiées dans un feuilleton en 12 parties dans Der Angriff de Joseph Goebbels, l’organe médiatique phare du parti nazi, avec pour titre «Un nazi va en Palestine». Dans sa critique très agressive de 1920 sur l’activité bolchevique juive, Churchill avait soutenu que le sionisme était engagé dans une bataille acharnée contre le bolchevisme pour l’âme des Juifs européens, et seule sa victoire pourrait assurer de futures relations amicales entre Juifs et Gentils. Sur la base des preuves disponibles, Hitler et de nombreux autres dirigeants nazis semblaient être arrivés à une conclusion assez similaire au milieu des années trente.

À cette époque, des sentiments extrêmement durs concernant la diaspora juive pouvaient parfois se lire dans des lieux assez surprenants. Après que la controverse entourant les liens nazis de Shamir ait éclaté dans les gros titres, le matériel de Brenner a servi de fondement à un important article d’Edward Mortimer, expert de longue date pour le Moyen-Orient au vénérable Times of London, et l’édition 2014 de ce livre comprend des extraits de choix tirés de l’article de Mortimer du Times du 11 février 1984 :

Qui a dit à un auditoire de Berlin en mars 1912 que «chaque pays ne peut absorber qu’un nombre limité de Juifs, si il ne veut pas de troubles à l’estomac. L’Allemagne a déjà trop de Juifs »?

Non, pas Adolf Hitler, mais Chaim Weizmann, futur président de l’Organisation sioniste mondiale et plus tard encore premier président de l’État d’Israël.

Et où pouvez-vous trouver l’affirmation suivante, composée à l’origine en 1917 mais republiée jusqu’en 1936 : «Le Juif est la caricature d’un être humain normal et naturel, à la fois physiquement et spirituellement. En tant qu’individu dans la société, il se révolte et se débarrasse de l’obligation sociale, ne connaît ni ordre ni discipline »?

Pas dans Der Stürmer [NdT : hebdomadaire nazi violemment antisémite publié de 1923 à la fin de la Seconde Guerre mondiale], mais dans l’organe de l’organisation de jeunesse sioniste Hashomer Hatzair.

Comme le révèle la déclaration citée ci-dessus, le sionisme lui-même a encouragé et exploité la haine de soi dans la diaspora. Cela partait de l’hypothèse que l’antisémitisme était inévitable et même dans un sens justifié tant que les Juifs étaient en dehors du pays d’Israël.

Il est vrai que seule une fraction extrême et folle du sionisme est allée jusqu’à proposer de rejoindre la guerre aux côtés de l’Allemagne en 1941, dans l’espoir d’établir «l’État juif historique sur une base nationale et totalitaire, et lié par un traité avec le Reich allemand ». Malheureusement, c’est ce groupe que l’actuel Premier Ministre israélien a choisi de rejoindre.

La vérité très inconfortable est que la description dure de la diaspora juive trouvée dans les pages de Mein Kampf n’était pas si différente de ce qui avait été exprimé par les pères fondateurs du sionisme et ses dirigeants ultérieurs. La coopération de ces deux mouvements idéologiques n’était donc pas si totalement surprenante.

Cependant, les vérités inconfortables restent inconfortables. Mortimer avait passé dix-neuf ans au Times , dont la dernière douzaine en tant que spécialiste étranger et écrivain leader sur les affaires du Moyen-Orient. Mais l’année suivant la rédaction de cet article, qui comprenait ces citations controversées, sa carrière dans ce journal a pris fin , ce qui a entraîné une lacune inhabituelle dans son parcours professionnel et cette évolution peut ne pas être purement fortuite.

Le rôle d’Adolf Eichmann, dont le nom figure aujourd’hui probablement parmi la demi-douzaine de nazis les plus célèbres de l’histoire, est également assez ironique, en raison de son enlèvement après la guerre par des agents israéliens en 1960, suivi de son procès public et de son exécution en tant que criminel de guerre. Il se trouve qu’Eichmann était une figure nazie centrale de l’alliance sioniste, avait même étudié l’hébreu et était apparemment devenu une sorte de philosémite au cours de ses années de collaboration étroite avec les plus grands dirigeants sionistes.

Brenner est un captif de son idéologie et de ses croyances, acceptant sans conteste le récit historique avec lequel il a été élevé. Il semble ne rien trouver d’aussi étrange que Eichmann soit un partenaire philosémite des sionistes juifs à la fin des années 1930, puis qu’il se transforme soudain en assassin de masse des Juifs européens au début des années 1940, commettant volontairement les crimes monstrueux pour lesquels les Israéliens l’ont par la suite justement mis à mort. C’est certainement possible, mais je me pose quand même des questions. Un observateur plus cynique pourrait être surpris par le fait que le premier nazi que les Israéliens aient fait un tel effort pour retrouver et tuer soit un de leurs plus proches alliés et collaborateurs. Après la défaite de l’Allemagne, Eichmann s’était réfugié en Argentine et y avait vécu plusieurs années, jusqu’à ce que son nom réapparaisse à la suite d’une controverse au milieu des années 50 sur l’un de ses principaux partenaires sionistes, qui vivait alors en Israël en tant que haut responsable du gouvernement. En tant que collaborateur nazi, il a finalement été jugé innocent après un procès célèbre, puis assassiné par d’anciens membres de la faction de Shamir.

À la suite de cette controverse en Israël, Eichmann aurait donné une longue interview personnelle à un journaliste nazi néerlandais et, bien que celle-ci n’ait pas été publiée à l’époque, il est possible que son existence ait été révélée. Le nouvel État d’Israël n’avait que quelques années à l’époque et était très fragile sur les plans politique et économique et dépendait désespérément de la bonne volonté et du soutien de l’Amérique et des donateurs juifs du monde entier. Leur remarquable alliance avec les nazis était un secret profondément réprimé, dont la divulgation publique aurait pu avoir des conséquences absolument désastreuses.

Selon la version de l’interview publiée plus tard sous forme de récit en deux parties dans Life Magazine , les déclarations d’Eichmann ne semblent apparemment pas avoir trait au sujet mortel du partenariat nazi-sioniste des années 1930. Mais il est évident que les dirigeants israéliens ont dû être terrifiés à l’idée de ne pas être aussi chanceux la prochaine fois. Nous pouvons donc supposer que l’élimination d’Eichmann est soudainement devenue une priorité nationale. Il a été retrouvé et capturé en 1960. On a vraisemblablement utilisé des moyens brutaux pour le persuader de ne révéler aucun de ces dangereux secrets d’avant-guerre lors de son procès à Jérusalem, et on pourrait se demander si la raison pour laquelle il était gardé dans une cabine de verre fermée était pour s’assurer que le son pourrait être coupé si il commençait à s’écarter du script convenu. Toute cette analyse est totalement hypothétique, mais le rôle d’Eichmann en tant que personnage central du partenariat nazi-sioniste des années 1930 est un fait historique indéniable.

 

Comme nous pourrions l’imaginer, le secteur de l’édition américain, majoritairement pro-israélien, ne souhaitait guère servir de passerelle publique pour les révélations choquantes de Brenner sur un partenariat économique étroit entre nazis et sionistes, et il mentionne que son agent de publication a reçu un refus uniforme de chaque entreprise à laquelle il s’est adressé, basé sur une grande variété d’excuses différentes. Cependant, il parvint finalement à localiser un éditeur extrêmement obscur en Grande-Bretagne, prêt à prendre en charge le projet. Son livre parut en 1983 et ne reçut initialement aucune critique autre que quelques dénonciations sévères et superficielles, bien que les Izvestia soviétiques se soient intéressées à son projet, jusqu’à ce qu’elles découvrent qu’il était un horrible trotskyste.

Sa grande percée a eu lieu lorsque Shamir est devenu soudainement le Premier Ministre d’Israël, et il apporta alors à la presse palestinienne anglophone, qui les ont mises en circulation, les preuves de ses anciens liens nazis. Divers marxistes britanniques, y compris le tristement célèbre «Red Ken» Livingstone de Londres, organisèrent une tournée de conférences à son intention. Lorsqu’un groupe de militants sionistes de droite attaqua l’une des conférences en faisant des blessés, l’histoire de la bagarre attira l’attention des journaux grand public. Peu de temps après, la discussion sur les étonnantes découvertes de Brenner parut dans le Times of London et dans les médias internationaux. Vraisemblablement, l’article du New York Times qui avait initialement attiré mon attention est paru au cours de cette période.

Les professionnels des relations publiques sont très compétents pour minimiser l’impact de révélations dommageables, et les organisations pro-israéliennes ne manquent pas de tels individus. Juste avant la sortie de son livre remarquable en 1983, Brenner découvrit soudainement qu’un jeune auteur pro-sioniste nommé Edwin Black travaillait furieusement sur un projet similaire, apparemment soutenu par des ressources financières suffisantes pour qu’il emploie une armée de cinquante chercheurs lui permettant de terminer son projet en un temps record.

Puisque la totalité du sujet embarrassant d’un partenariat nazi-sioniste avait été tenu à l’écart du public pendant près de cinq décennies, ce timing semble certainement plus qu’une simple coïncidence. On peut supposer qu’on avait fini par savoir que Brenner avait fait de nombreuses tentatives infructueuses pour trouver un éditeur traditionnel en 1982, et qu’il avait finalement réussi à trouver un petit éditeur en Grande-Bretagne. N’ayant pas réussi à empêcher la publication de ce type de document explosif, les groupes pro-israéliens ont discrètement décidé que leur meilleure option consistait à s’emparer du sujet, permettant ainsi la divulgation des parties de l’histoire non dissimulables, mais excluant les éléments les plus dangereux, tout en décrivant la sordide histoire sous le meilleur jour possible.

Le livre de Black, The Transfer Agreement, est peut-être arrivé un an plus tard que celui de Brenner, mais il était clairement soutenu par une publicité et des ressources beaucoup plus grandes [NdT : tiens, ça rappelle d’autres auteurs en France : Zemmour et Soral]. Publié par Macmillan, un éditeur de premier plan, et presque deux fois plus long  que le petit livre de Brenner, il a été fortement soutenu par des personnalités de la crème de l’activisme juif, notamment le Centre Simon Wiesenthal, le Mémorial de l’Holocauste, et les Archives juives américaines. En conséquence, il a reçu de longues critiques, même si elles n’étaient pas nécessairement favorables, dans des publications influentes telles que The New Republic et Commentary.

En toute honnêteté, je dois mentionner que, dans la préface de son livre, Black affirme que ses recherches ont été totalement découragées par presque toutes les personnes qu’il a approchées. En conséquence, il travaillait sur le projet avec une intensité solitaire depuis de nombreuses années. Cela implique que la publication quasi simultanée des deux livres était purement due au hasard. Mais une telle image est loin de correspondre aux témoignages élogieux de tant d’éminents dirigeants juifs, et je trouve personnellement beaucoup plus convaincante l’affirmation de Brenner selon laquelle Black aurait été assisté par cinquante chercheurs.

Puisque Black et Brenner décrivaient la même réalité fondamentale et s’appuyaient sur de nombreux documents communs, les récits qu’ils font sont généralement similaires. Mais Black exclut soigneusement toute mention d’offres de coopération militaire sioniste avec les nazis, sans parler des tentatives répétées de la faction sioniste de Shamir de rejoindre officiellement les puissances de l’Axe après le déclenchement de la guerre, ainsi que de nombreux autres détails particulièrement embarrassants.

En supposant que le livre de Black ait été publié pour les raisons que j’ai suggérées, je pense que la stratégie des groupes pro-israéliens a largement réussi, sa version de l’histoire semblant avoir rapidement supplanté celle de Brenner, sauf peut-être dans les milieux fortement gauchistes ou antisionistes. En cherchant sur Google chaque combinaison du titre et de l’auteur, le livre de Black obtient huit fois plus de hits, et son classement des ventes sur Amazon et son nombre de critiques sont également plus grands du même facteur. Plus particulièrement, ni l’article de Wikipédia sur «The Transfer Agreement» ni celui sur «l’accord Ha’avara» ne font mention des recherches de Brenner, bien que son livre ait été publié antérieurement, traitait le sujet de façon beaucoup plus large et qu’il était le seul à fournir les preuves documentaires. En tant qu’exemple personnel de la situation actuelle, j’ignorais toute l’histoire de Ha’avara jusqu’à il y a quelques années à peine, lorsque je suis tombé sur des commentaires de sites Web mentionnant le livre de Black, me conduisant à l’acquérir et à le lire. Mais même à ce moment-là, le livre beaucoup plus vaste et explosif de Brenner m’était resté totalement inconnu, jusqu’à très récemment.

 

Une fois que la Seconde Guerre mondiale a commencé, ce partenariat nazi-sioniste a rapidement pris fin pour des raisons évidentes. L’Allemagne était maintenant en guerre avec l’Empire britannique et les transferts financiers à la Palestine dirigée par les Britanniques n’étaient plus possibles. En outre, les Palestiniens arabes étaient devenus assez hostiles aux immigrants juifs dont ils craignaient légitimement qu’ils finiraient par les remplacer, et une fois que les Allemands ont été forcés de choisir entre maintenir leurs relations avec un mouvement sioniste relativement petit ou gagner la sympathie politique d’une vaste mer d’Arabes et musulmans du Moyen-Orient, leur décision était naturelle. Les sionistes étaient confrontés à un choix similaire, et plus particulièrement une fois que la propagande du temps de guerre avait commencé à noircir si lourdement les gouvernements allemand et italien, ils ne souhaitaient pas que leur partenariat de longue date soit connu.

Cependant, au même moment précis, une relation quelque peu différente et également oubliée entre les Juifs et l’Allemagne nazie est soudainement passée au premier plan.

Comme la plupart des gens partout dans le monde, l’Allemand moyen, qu’il soit juif ou païen, n’était probablement pas du tout intéressé par la politique et, bien que le sionisme occupât depuis des années une place privilégiée dans la société allemande, on ne sait pas vraiment combien de juifs allemands lui accordaient une grande importance. Les dizaines de milliers de personnes qui ont émigré en Palestine au cours de cette période étaient probablement motivées autant par des pressions économiques que par un engagement idéologique. Mais la guerre a changé le cours des événements.

C’était encore plus vrai pour le gouvernement allemand. Le déclenchement d’une guerre mondiale contre une puissante coalition des empires britannique et français, renforcée par la suite par la Russie soviétique et les États-Unis, a imposé le genre de pressions énormes qui pouvaient souvent permettre de vaincre les scrupules idéologiques. Il y a quelques années, j’ai découvert un livre fascinant de 2002 de Bryan Mark Rigg, Les soldats juifs de Hitler, un travail académique sur exactement ce que le titre implique. La qualité de cette analyse historique controversée est illustrée par les commentaires de jaquette de nombreux experts universitaires et par un traitement extrêmement favorable que lui a réservé un éminent érudit dans The American Historical Review.

De toute évidence, l’idéologie nazie était essentiellement centrée sur la race et considérait la pureté raciale comme un facteur crucial de la cohésion nationale. Les individus possédant une ascendance substantielle non allemande étaient considérés avec beaucoup de suspicion, et cette inquiétude était grandement amplifiée si ce mélange était juif. Mais dans une lutte militaire contre une coalition adverse possédant plusieurs fois la population et les ressources industrielles de l’Allemagne, de tels facteurs idéologiques pourraient être surmontés par des considérations pratiques, et Rigg affirme de manière convaincante que quelque 150 000 demi-juifs ou quarts de juifs ont servi dans les forces armées du Troisième Reich, un pourcentage probablement pas très différent de leur part dans la population générale en âge de prendre les armes.

La population juive allemande intégrée et assimilée de longue date en Allemagne a toujours été disproportionnellement plus urbaine, aisée et instruite que la moyenne. En conséquence, il n’est pas vraiment surprenant qu’une grande partie de ces soldats partiellement juifs qui ont servi Hitler soient en fait des officiers de combat plutôt que de simples conscrits. Ils comprenaient au moins 15 généraux et amiraux semi-juifs, et un autre douzaine de quarts de juifs occupant ces mêmes rangs élevés. L’exemple le plus notable est le maréchal Erhard Milch, puissant bras droit de Hermann Goering, qui a joué un rôle opérationnel tellement important dans la création de la Luftwaffe. Milch avait certainement un père juif et, selon certaines affirmations beaucoup moins étayées, peut-être même une mère juive également, alors que sa sœur était mariée à un général SS.

Certes, les SS racistes d’élite avaient généralement des normes d’ascendance beaucoup plus strictes, une simple trace de parenté non-aryenne empêchant normalement un individu d’en faire partie. Mais même ici, la situation était parfois compliquée, car il y avait de nombreuses rumeurs selon lesquelles Reinhard Heydrich, le deuxième personnage de cette très puissante organisation, avait en réalité une ascendance juive considérable. Rigg examine cette affirmation sans parvenir à des conclusions claires, bien qu’il semble croire que les preuves indirectes en cause auraient pu être utilisées par d’autres personnalités nazies de haut rang comme moyen de pression ou de chantage contre Heydrich, qui était l’un des plus grands personnages importants du Troisième Reich.

Ironie du sort, la plupart de ces individus avaient une origine juive par le biais de leur père plutôt que de leur mère. Ainsi, bien qu’ils ne soient pas juifs au sens de la loi rabbinique, leurs noms de famille reflétaient souvent leurs origines partiellement sémitiques, bien que dans de nombreux cas les autorités nazies aient tenté de négliger soigneusement cette situation flagrante. Comme un exemple extrême cité par un critique académique du livre, un demi-juif portant le nom clairement non aryen de Werner Goldberg voit sa photo mise en évidence dans un journal de propagande nazi de 1939, avec la légende le qualifiant de “Soldat allemand idéal”.

L’auteur a mené plus de 400 entretiens personnels avec des survivants partiellement juifs et leurs proches, qui ont brossé un tableau très contrasté des difficultés qu’ils avaient rencontrées sous le régime nazi et qui variaient considérablement en fonction des circonstances et de la personnalité des autorités au dessus d’eux. Une source importante de mécontentement était que, en raison de leur statut, les individus partiellement juifs se voyaient souvent refuser les honneurs militaires ou les promotions qu’ils avaient légitimement méritées. Toutefois, dans des conditions particulièrement favorables, ils pouvaient aussi être légalement reclassés dans la catégorie de “sang allemand”, ce qui éliminait officiellement toute atteinte à leur statut.

Même la politique officielle semble avoir été assez contradictoire et vacillante. Par exemple, lorsque les humiliations publiques infligées aux parents pleinement juifs de demi-juifs servant dans l’armée étaient portées à l’attention de Hitler, il considérait cette situation comme intolérable, déclarant que l’un ou l’autre de ces parents devait être pleinement protégé contre de telles indignités ou que tous les demi-juifs devaient être démobilisés et finalement, en avril 1940, il promulgue un décret exigeant cela. Cependant, cet ordre a été largement ignoré par de nombreux commandants, ou mis en œuvre à travers un système d’honneur qui équivalait presque à «ne demandez pas, ne dites pas», de sorte qu’une fraction considérable de demi-juifs sont restés dans l’armée s’ils le souhaitaient. Et puis, en juillet 1941, Hitler s’est quelque peu renié, en promulguant un nouveau décret autorisant les demi-Juifs dignes de ce nom qui avaient été démobilisés à réintégrer l’armée en qualité d’officiers, tout en annonçant qu’après la guerre, tous les quarts de Juifs seraient reclassés en tant que citoyens aryens «de sang allemand».

On a dit qu’après avoir posé des questions sur l’ascendance juive de certains de ses subordonnés, Göring avait répondu avec colère: «Je déciderai qui est juif !» et cette attitude semble raisonnablement refléter une partie de la complexité et de la nature subjective de la situation.

Il est intéressant de noter que de nombreux groupes de juifs interrogés par Rigg ont rappelé qu’avant l’arrivée au pouvoir de Hitler, les mariages mixtes de leurs parents avaient souvent provoqué une hostilité bien plus grande de la part des Juifs que des Gentils, suggérant que même dans les pays à grande assimilation comme l’Allemagne, la tendance juive traditionnelle à l’exclusivité ethnique était restée un facteur puissant de cette communauté.

Bien que les membres partiellement juifs du service militaire allemand fussent certainement sujets à diverses formes de maltraitance et de discrimination, nous devrions peut-être comparer cela à la situation analogue qui existait au sein de notre armée [NdT : l’armée des USA] ces mêmes années, en ce qui concerne les minorités noire ou japonaise des États-Unis. À cette époque, les mariages mixtes étaient interdits par la loi dans une grande partie des États-Unis. Par conséquent, la population métisse de ces groupes était presque inexistante ou d’origine très différente. Mais lorsque les Américains d’origine japonaise ont été autorisés à quitter leurs camps de concentration de guerre et à s’enrôler dans l’armée, ils ont été entièrement limités à des unités entièrement japonaises séparées, mais avec des officiers généralement blancs. Pendant ce temps, les Noirs ont été presque entièrement exclus du service de combat, bien qu’ils aient parfois joué des rôles de soutien tout en restant strictement séparés. L’idée qu’un Américain avec une trace appréciable d’ascendance africaine, japonaise ou même chinoise puisse servir de général ou même d’officier dans l’armée américaine et exercer ainsi une autorité de commandement sur les troupes américaines blanches aurait été presque impensable. Le contraste avec la pratique dans l’armée de Hitler est très différent de ce que les Américains pourraient naïvement présumer.

 

Ce paradoxe n’est pas aussi surprenant qu’on pourrait le croire. Les divisions non économiques dans les sociétés européennes étaient presque toujours liées à la religion, à la langue et à la culture plutôt qu’à l’ascendance raciale, et la tradition sociale de plus d’un millénaire ne pouvait pas être facilement effacée par une demi-douzaine d’années d’idéologie nationale-socialiste. Au cours de tous les siècles précédents, un Juif baptisé avec sincérité, que ce soit en Allemagne ou ailleurs, était généralement considéré comme un aussi bon chrétien qu’un autre. Par exemple, Tomas de Torquemada, la figure la plus effrayante de l’inquisition espagnole redoutée, venait en fait d’une famille de convertis juifs.

Des différences raciales encore plus larges n’étaient guère considérées comme d’une importance cruciale. Certains des plus grands héros de cultures nationales particulières, tels que le Russe Alexandre Pouchkine ou le Français Alexandre Dumas, étaient des personnes avec une ascendance africaine noire importante, et cela n’était certainement pas considéré comme une caractéristique disqualifiante.

En revanche, la société américaine a toujours été nettement divisée par race, les autres différences constituant généralement des obstacles beaucoup moins importants aux mariages mixtes et aux fusions. J’ai souvent entendu dire que, lorsque le Troisième Reich avait défini ses lois de Nuremberg de 1935 limitant le mariage et d’autres arrangements sociaux entre Aryens, non-Aryens et semi-Aryens, ses experts s’appuyaient sur une partie de la longue expérience juridique américaine dans des domaines similaires, et cela semble tout à fait plausible. En vertu de ce nouveau statut nazi, les mariages mixtes préexistants bénéficiaient d’une certaine protection juridique, mais désormais les Juifs et les demi-Juifs ne pouvaient que se marier, tandis que les quarts de Juifs ne pouvaient épouser que des Aryens ordinaires. L’intention évidente était d’absorber ce dernier groupe dans la société allemande traditionnelle tout en isolant la population plus fortement juive.

Ironiquement, Israël est aujourd’hui l’un des très rares pays à appliquer le même genre de critères strictement racistes pour le statut de ses citoyens et d’autres privilèges, avec la politique d’immigration exclusivement juive désormais souvent déterminée par des tests ADN, et les mariages entre juifs et non-juifs légalement interdits. Il y a quelques années, les médias du monde entier ont également raconté l’histoire remarquable d’un Arabe palestinien condamné à une peine de prison pour viol parce qu’il avait eu des relations sexuelles consenties avec une femme juive en se faisant passer pour un autre juif.

Étant donné que le judaïsme orthodoxe est strictement matrilinéaire et qu’il régit le droit israélien, même les Juifs d’autres branches peuvent connaître des difficultés inattendues en raison de conflits entre l’identité ethnique personnelle et le statut juridique officiel. La grande majorité des familles juives les plus riches et les plus influentes du monde ne suivent pas les traditions religieuses orthodoxes et, au fil des générations, elles ont souvent pris des épouses païennes. Cependant, même si ces derniers s’étaient convertis au judaïsme, leur conversion est considérée comme invalide par le rabbinat orthodoxe et aucun de leurs descendants n’est considéré comme juif. Ainsi, si certains membres de ces familles développent par la suite un profond engagement envers leur héritage juif et immigrent en Israël, ils sont parfois outrés de découvrir qu’ils sont officiellement classés comme «goyim» par la loi orthodoxe et légalement interdits d’épouser des Juifs. Ces grandes controverses politiques éclatent périodiquement et atteignent parfois les médias internationaux. Il me semble maintenant que tout fonctionnaire américain ayant proposé des tests ADN raciaux pour décider de l’admission ou de l’exclusion d’immigrants potentiels aurait beaucoup de mal à rester en place, les activistes juifs d’organisations comme l’ADL étant probablement les premiers à attaquer. Et il en irait de même pour tout procureur ou juge qui aurait envoyé en prison des non-Blancs pour le crime de «passer» comme des Blancs afin de séduire les femmes de ce dernier groupe. Les partisans de telles politiques en Grande-Bretagne, en France ou dans la plupart des autres pays occidentaux auraient un destin similaire, l’organisation locale de type ADL [NdT : en France, la LICRA ou le CRIF…] jouant certainement un rôle important. Pourtant, en Israël, de telles lois existantes ne font que créer un léger embarras temporaire lorsqu’elles sont couvertes par les médias internationaux, puis restent invariablement en place une fois que l’agitation s’est estompée et a été oubliée. Ce genre de problèmes n’est guère considéré plus important que ne l’avaient été les anciens liens nazis du Premier Ministre israélien pendant la majeure partie des années 80.

Mais peut-être que la solution à cette différence déroutante dans la réaction du public réside dans une vieille blague. Un intellectuel de gauche a déjà affirmé que la raison pour laquelle l’Amérique n’a jamais eu de coup d’État militaire, c’est que c’est le seul pays au monde à ne pas avoir d’ambassade américaine pour organiser de telles activités. Et contrairement aux États-Unis, à la Grande-Bretagne, à la France et à de nombreux autres pays à majorité blanche, Israël ne dispose d’aucune organisation militante juive interne remplissant le puissant rôle de l’ADL.

 

Au cours des dernières années, de nombreux observateurs extérieurs ont relevé une situation politique apparemment très étrange en Ukraine. Ce pays malheureux possède de puissants groupes militants, dont les symboles publics, l’idéologie déclarée et l’ascendance politique les qualifient indéniablement de néo-nazis. Pourtant, ces éléments néo-nazis violents sont tous financés et contrôlés par un oligarque juif possédant la double nationalité israélienne [NdT : je l’ai déjà mentionné ici]. En outre, cette alliance particulière avait été saluée et bénie par certaines des plus grandes personnalités juives américaines parmi les “néocons”, telles que Victoria Nuland [NdT : la célèbre Victoria “Fuck the EU” Nuland], qui ont utilisé avec succès leur influence médiatique pour tenir le public américain à l’abri de ces faits explosifs.

À première vue, une relation étroite entre Israéliens juifs et néo-nazis européens apparaît aussi grotesque et étrange que l’on puisse imaginer, mais après avoir récemment lu le livre fascinant de Brenner, mon point de vue a rapidement changé. En fait, la principale différence entre hier et aujourd’hui est que, dans les années 1930, les factions sionistes représentaient un partenaire mineur très insignifiant pour un puissant Troisième Reich, alors que ce sont actuellement les nazis qui jouent le rôle de fayots du formidablement puissant sionisme international, qui domine maintenant si lourdement le système politique américain et, à travers lui, une grande partie du monde.

Lectures connexes :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *