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La Société Européenne de Physique vire complotiste

epn-2016-47-4Si vous savez le crédit que j’apporte à ce genre de qualificatif (particulièrement dans le cas du 11-Septembre, où il est absurde), vous aurez compris ce que le titre de cet article peut avoir d’ironique. Néanmoins, la réalité qu’il décrit est suffisamment remarquable pour être mentionnée sérieusement : Europhysics News, le magazine de la Société Européenne de Physique (European Physical Society en globish), organe tout à fait officiel des physiciens professionnels européens, a publié dans son numéro de juillet-août 2016 un article qui affirme clairement que les trois gratte-ciel s’étant effondrés à New York le 11 septembre 2001 ont été délibérément détruits par des techniques de démolition contrôlée, ce qui est évidemment incompatible avec la narration officielle d’un effondrement “naturel” – entendez par là sous l’effet conjoint d’impacts d’avions et des incendies qui s’ensuivirent.

L’article en lui-même, intitulé 15 years later : on the physics of high-rise building collapses (15 ans après : sur la physique des effondrements de gratte-ciel), rédigé par Steven Jones, Robert Korol, Anthony Szamboti et Ted Walter, n’apporte aucune information remarquable pour quiconque s’intéresse à ce problème, et bien entendu ne révolutionne pas la physique – se démarquant en cela de la narration officielle, qui recourt à une large dose de physique harrypottérienne.

Il rappelle quelques faits essentiels sur les gratte-ciel en général, comme leur apparition conditionnée à la maîtrise suffisante de la métallurgie de l’acier, les matériaux de construction traditionnels comme la pierre ou le béton étant performants en compression mais faibles en traction ; ou le fait – contesté par personne – que jamais, ni avant ni après le 11-Septembre, un gratte-ciel à structure d’acier n’a subi un effondrement total suite à des incendies, y compris des incendies plus violents et longs que ceux subis par les trois anomalies new-yorkaises. L’article ne va cependant pas au bout de l’argument puisque, même s’il utilise bien les données de vitesse et d’accélération tirées de vidéos filmant la chute des tours du World Trade Center, il oublie de tirer partie de la dynamique très particulière de ces effondrements – un mouvement uniformément accéléré trahissant l’anéantissement total et quasi-instantané des structures – pour faire remarquer que la véritable question n’est pas de savoir si l’effondrement total était possible (ce que le NIST ou des scientifiques comme Zdeněk Bažant tentent de montrer au prix de multiples mensonges et omissions), mais de savoir si la dynamique de ces effondrements est compatible, via les lois de la physique, avec l’explication “officielle” qui en est donnée.

En effet, depuis Newton, la physique est passée du statut d’aimable distraction de salon pour aristocrates désœuvrés à celui de science “reine”, mère de notre civilisation industrielle et du Progrès ; et ce saut qualitatif fut possible essentiellement par la mathématisation des concepts portés par la physique, dont les lois du mouvement de Newton sont l’exemple archétypal. Dit de façon moins abstraite, Newton ne s’est pas contenté de dire que la Lune tombait comme la pomme (ce qui est déjà une prouesse en matière d’abstraction, que nombre de nos contemporains n’ont toujours pas assimilée), mais il a décrit précisément la dynamique de leur chute, via la deuxième loi ou principe fondamental de la dynamique reliant (pour un objet de masse constante) l’accélération observée et la somme des forces qui lui sont appliquées. Quiconque dispose aujourd’hui, non seulement de l’état d’un gratte-ciel (debout ou effondré) mais encore de la séquence temporelle précise menant de l’état debout à l’état effondré, ne saurait donc faire l’économie de la mise en relation des données avec la théorie proposée, afin de savoir si celle-ci est valide. Remarquons qu’il faut être prudent, et qu’une théorie peut décrire correctement des données expérimentales sans pour autant être juste : des erreurs multiples peuvent se compenser. Par contre, une chose est certaine : si la théorie est en désaccord avec les données, elle est fausse.

Le seul moyen de “rendre juste” une théorie fausse est donc de truquer les données, ou de sélectionner seulement celles qui sont compatibles avec la théorie. Il s’agit bien entendu d’une pratique moralement répréhensible et totalement non-scientifique, mais qui ne semble pas rebuter certains scientifiques professionnels dès qu’il s’agit du 11-Septembre, ce que Jones et al. rappellent opportunément dans leur article. Ils citent notamment le cas célèbre du professeur de génie civil Zdeněk Bažant via un de ses premiers articles sur le sujet paru en 2002 : la démonstration de ce dernier part de données fausses, aussi bien concernant la vitesse de descente après un étage de chute, la masse de la partie supérieure de la tour ou encore la capacité de dissipation d’énergie des colonnes. De plus, les données utilisées sont parfois changeantes et contradictoires entre elles suivant les différentes publications de l’auteur. Inutile donc de tester la validité mathématique de la démonstration elle-même, puisqu’elle part de données fausses.

Jones et al. ont toutefois eu la délicatesse de ne pas citer le tout premier article de la série “onze-septembrologique” des Bažant et al., soumis pour publication le… 13 septembre 2001. L’heure n’étant pas précisée, ni a fortiori le fuseau horaire (Evanston, où se trouve la Northwestern University de Bažant, n’appartenant pas au même que New York), il est difficile de dire précisément quel est le temps écoulé entre la chute de la première tour (WTC2, le 11 septembre 2001 à 9h58 heure locale) et le clic de souris sur l’ordinateur de Bažant validant la soumission de l’article. Ni même si le début de la rédaction de cet article de 16 pages est antérieur ou postérieur au commencement de la chute.

Jones et al. mentionnent également d’autres points intéressants, et volontairement ignorés par ceux qui érigent une explication en dogme plutôt que de partir des faits : par exemple les très hautes températures constatées dans les ruines de Ground Zero (dont j’ai déjà parlé ici), voire avant même la chute des tours via le rayonnement thermique dans le spectre visible de ce qui semble être du métal fondu s’écoulant de la tour sud à très haute température (bien supérieure à la température de fusion de l’aluminium). Ou encore la quantité de poussière étonnante produite par les effondrements, mais que Jones et al. attribuent à tort à la seule pulvérisation du béton, présent seulement dans de fines dalles (10 cm d’épaisseur) de chaque plancher suspendu.

Bref, cet article n’apporte rien, en soi, de véritablement nouveau concernant la résolution de l’énigme du 11-Septembre. On peut même dire qu’il ne rappelle que des évidences… voire tombe parfois dans le panneau de certaines évidences trompeuses qui sont au cœur de la supercherie (et du tir de barrage médiatique visant à protéger ses véritables auteurs). Mais l’essentiel n’est pas là : cet article n’est pas un événement scientifique, c’est un événement sociologique. Car malgré une mise en garde très conventionnelle – et finalement plutôt bienveillante – des éditeurs en début d’article, il est le signe que dans les hautes sphères de la physique européenne, certains ne craignent plus d’être moqués pour oser faire ce que tout chercheur doit faire : vérifier et réfléchir. Peut-être même commencent-ils à craindre de devoir porter longtemps sur la conscience le reproche de leur inaction.

Il serait temps.

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7 commentaires sur “La Société Européenne de Physique vire complotiste

    1. Oui, il est relu par des physiciens. Vous pouvez consulter sur cette page les instructions aux auteurs. Toutefois je pense qu’il faut arrêter de penser en ces termes et bosser !

      Je m’explique :

      – il est de notoriété publique que des journaux “à comité de lecture”, même (surtout ?) prestigieux (Science, Nature…) laissent passer des âneries voire des fraudes manifestes, qui doivent parfois être retirées des archives longtemps après… et qui peuvent permettre à certains de faire entre-temps de brillantes carrières. En physique le cas du fraudeur Jan Hendrik Schön est célèbre.

      – inversement certaines personnes dont la réputation scientifique n’est plus à faire rencontrent parfois des difficultés pour se faire publier, non pour des motifs strictement scientifiques mais parce que leurs travaux sont “trop originaux”. Je pense en particulier à Brian Josephson, qui est tout de même Prix Nobel de physique…

      Comme j’ai essayé de l’expliquer dans ce billet, ce n’est pas tant l’article en lui-même, à mon avis plutôt médiocre, qui est important, mais bien le fait qu’il soit publié dans une revue “sérieuse” et à une date anniversaire importante. Cela signifie que certains, à des postes importants de l’édition scientifique, ont décidé “d’ouvrir les vannes” sur ce sujet tabou, parce qu’ils ont compris que la version canonique de l’histoire était une vaste arnaque et que l’accepter plus longtemps sans broncher risquait de nuire énormément à la réputation de la physique et des physiciens.

  1. Cet article sera peut-être aussi retiré des archives de cette revue dans quelques années.

    Quelles sont les données fausses, changeantes et contradictoires utilisées par Zdeněk Bažant ?
    Par ailleurs, se baser sur des vidéos amateures – réalisées avec un téléphone portable en l’année 2001 et récupérées sur youtube – sur lesquelles les tours sont complètement masquées à partir du tiers de la chute, comme preuve irréfutable… comment dire…

    Ne confondons pas scepticisme et déni.

    Quant à cette sentence : “Ni même si le début de la rédaction de cet article de 16 pages est antérieur ou postérieur au commencement de la chute.”, il s’agit ni plus ni moins de mauvaise foi caractérisée.

    1. Je peux vous garantir que non, et je peux même vous garantir qu’il paraîtra bien timide en comparaison de ceux qui vont suivre.

      Pour répondre à votre question : lisez l’article ! Mon billet est un résumé, pas une traduction de cet article.

      Quant au reste du commentaire, je laisse aux lecteurs le soin d’en juger la profondeur.

  2. Bonjour
    C’est une grande bouffée de fraîcheur, un véritable bond en arrière de plusieurs décennies, que la phrase : “la physique est passée du statut d’aimable distraction de salon pour aristocrates désœuvrés à celui de science « reine »” .En classe de seconde, il me souvient d’avoir assister a une véritable joute, par élèves interposés, entre prof. de math. et prof. de physique. La première, très “groupe Bourbaki”, nous instillant l’idée selon laquelle seules les mathématiques pouvaient revendiquer le titre de “science exacte”, le second plus pragmatique, moins rêveur, répondant que les maths n’étaient qu’un outils :”le charpentier avait son marteau, le garagiste sa clé anglaise, le physicien les maths.”
    Plus sérieusement, je vais m’efforcer de faire mien votre optimisme, car plus de 15 ans après les zévénements il m’est quelque peux difficile de me réjouir, qu’un groupe de scientifiques aux titres officiels, constate ce que tout le monde sait …. l’impression de “démolition contrôlée” des trois tours du WT provient, presque instinctivement, de ce que les différentes parties des buildings ont subies une accélération linéaire sans aucun frein. Bref ce billet prouve votre bonne nature…
    Mais tout cela reste fort simple en somme. Autrement plus délicate sera la compréhension, et la proposition d’hypothèses plausibles comme explication, de la rupture de la structure porteuse, de la quantité hallucinante de poussières, et surtout, des très hautes températures observées. A ce titre, bien qu’ayant cru saisir que vous n’envisagiez plus la solution chimique, une solution hydrogène/oxygène ne serait elle pas suffisamment exothermique pour obtenir les résultats observés ?
    Bon je m’aperçoit que mon commentaire est décousu a l’extrême, et j’en suis penaud. Surtout que son objet premier était d’émettre l’idée suivante : je me demande si l’évolution de la perception, et de l’explication des zévénements du 11/09 dans une direction plus scientifique et moins “politicopropagandiste” ne va pas suivre une courbe exponentielle, type “extinction des espèces”, genre “thermodynamique de l’évolution” …

    Cordialement (mais décousu)

    1. Non, la solution hydrogène/oxygène n’en est pas une, pour des raisons de masse… et beaucoup de volume aussi, les deux réactifs étant gazeux à température ambiante ! On n’est pas à Cape Canaveral…

      J’adhère assez à votre optimisme de fin, et pense en effet que l’explication purement scientifique de ces événements va faire accéder l’humanité à un niveau de conscience supérieur. Traumatisant dans un premier temps, mais libérateur ensuite.

  3. C’est vrai, j’avais oublié votre exercice mettant en exergue la différence d’énergie dégagée par kg de matière entre rupture des liaisons chimiques d’un coté et rupture du noyau de l’autre ….
    bref je “tentais le coup”

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