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Fabius, le golf et le badminton

shuttlecockLe 21 août 2013, une attaque au gaz sarin (un puissant neurotoxique) fait des centaines de morts, dont beaucoup de civils, dans la banlieue de Damas en Syrie, dans la zone de la Ghouta (terme local signifiant oasis).

Très rapidement, les gouvernements américain, britannique, canadien, français, israélien, suédois, turc, et la Ligue des États arabes attribuent ces attaques au régime syrien, de même que l’Organisation Non Gouvernementale Human Rights Watch. La Russie et l’Iran accusent par contre l’opposition. En outre, la magistrate suisse Carla Del Ponte avait, le 6 mai 2013, accusé les rebelles syriens d’avoir fait usage de gaz sarin.

Suite à cette attaque chimique, les accusateurs du régime de Bachar el-Assad réclament des représailles et Barack Obama annonce le 31 août sa décision d’intervenir militairement, mais en demandant au préalable l’avis du Congrès, qui ne votera finalement jamais sur la question. Le 14 septembre, un accord russo-américain exclut une intervention militaire étrangère en Syrie et prévoit la destruction de l’armement chimique syrien.

Le 14 janvier 2014, deux experts militaires du Massachussets Institute of Technology, Richard Lloyd et Theodore A. Postol, publient un document contestant, sur la base d’une étude balistique, les conclusions des services de renseignements américains et concluant à l’impossibilité physique que les attaques aient été menées depuis les zones contrôlées par le régime de Bachar el-Assad. Voici un résumé de leur démonstration, basée sur de pures lois physiques.

munitions chimiques

schéma des munitions chimiques, telles que retrouvées sur place, et reconstituées.

Les experts se sont rendus sur place où ils ont pu ramasser des restes de munitions explosées, ayant répandu le gaz mortel. Ils sont facilement reconstitué la forme unitiale de ces “roquettes” (francisation quelque peu abusive mais admise de l’anglais rocket, fusée), et ont conclu qu’il s’agissait d’une modification sommaire de roquettes de type “GRAD”, munitions aussi courantes dans leur domaine que le sont les Kalachnikov dans celui des fusils d’assaut.

La première conclusion qui s’impose est qu’il ne s’agit pas d’armes sophistiquées, mais d’une simple adaptation d’armes très répandues ( “ubiquitous” selon les experts) modifiées pour porter une tête renfermant un gaz neurotoxique. N’importe qui ou presque, pouvait donc les utiliser.

La deuxième, et la plus importante, est que la modification ainsi apportée à la fusée initiale change radicalement ses caractéristiques aérodynamiques, et en conséquence sa portée. En effet, une telle munition atteint, dans sa configuration d’origine, des vitesses très élevées (presque 2500 km/h). Or la force de freinage (appelée traînée) exercée sur un objet se déplaçant dans l’air est proportionnelle au carré de sa vitesse ; ce qui signifie qu’en doublant la vitesse, la traînée est multipliée par quatre. On imagine donc aisément – et quand on maîtrise l’aérodynamique, on calcule précisément – qu’à de telles vitesses, le remplacement d’une pointe effilée par une grosse boîte de conserve cylindrique a des effets spectaculaires, pour ne pas dire catastrophiques, sur la portée de la munition.

trajectoires

trajectoires comparées d’une roquette de type GRAD non modifiée (en rouge) et de son adaptation en arme chimique (en bleu)

C’est exactement ce que montrent Richard Lloyd et Theodore A. Postol : d’une vingtaine de kilomètres, la portée initiale passe, dans le meilleur des cas, à seulement 2 kilomètres. Il ne reste plus alors qu’à utiliser des notions de géométrie très simples pour savoir d’où ont pu être tirées les armes chimiques : connaissant leur point d’impact, il suffit de tracer à partir de lui un cercle d’un rayon de 2 km.

Ce rapport dix entre les portées des munitions est tout à fait comparable à celui que l’on trouve entre la portée d’une balle de golf et celle d’un volant de badminton : alors qu’une balle de golf vole sur des distances de l’ordre d’une centaine de mètres (voire plusieurs centaines dans des cas extrêmes), le volant de badminton, conçu pour être ralenti par l’air, vole sur une dizaine de mètres et peut difficilement traverser de part en part un terrain de 13,40 m de long.

carte de Damas

Zone de tir possible : à l’intérieur de la frontière tricolore, donc à l’extérieur de la zone contrôlée par le régime en place (en bistre, à gauche), et dans une zone comprenant des territoires contrôlés par l’opposition (en gris-vert).

C’est ainsi que, partant de chaque endroit où ont été retrouvées les roquettes chimiques, Lloyd et Postol ont pu délimiter une zone possible de tir, qui se trouvait intégralement en dehors de la zone contrôlée par le régime de Bachar el-Assad. En clair : même si la physique ne permet pas de savoir qui a tiré, elle permet de savoir de façon certaine que les attaques chimiques ont été perpétrées depuis une zone contrôlée par les rebelles au régime en place, ceux-là même que les “démocraties occidentales” entraînent, financent et arment.

Cette expertise militaire, du niveau d’un premier cycle universitaire de physique, montre au moins trois choses :

  • Les lois de la physique sont universelles, et c’est de là que vient leur puissance et leur beauté : ce sont les mêmes pour le golf, le badminton ou les armes. Ou encore l’aérodynamique automobile, domaine que j’ai brièvement abordé dans mon livre “Vers la voiture sans pétrole ?” (EDP Sciences). On n’a pas à tout réapprendre à chaque fois qu’on change de domaine d’application.
  • Les lois de la politique, et particulièrement celles des “démocraties occidentales” actuelles, se moquent complètement de la réalité des faits ou même de leur vraisemblance, si déformer ou inventer des faits peut servir à contrôler l’opinion publique pour lui faire accepter des actes de guerre. Nous en reparlerons à propos de la version officielle des attentats du 11 septembre 2001.
  • Les journalistes concernés, parfaitement au courant de l’existence de cette étude, oublient régulièrement d’en faire état lorsqu’ils interrogent un membre de la classe politique sur la Syrie et l’agression militaire internationale qui faillit être déclenchée contre elle ; pire, ils répètent souvent le mensonge du “président Bachar el-Assad coupable de gazer sa population”. Seuls quelques journalistes indépendants comme ceux de l’Agence Info Libre osent rappeler les faits. Pourquoi ?
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