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Comprendre l’Empire

 

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Le genre : l’Esprit des lois à l’assaut des lois contre l’esprit.

Brillant essai de sociologie historique paru en 2011, Comprendre l’Empire d’Alain Soral est une oeuvre très atypique, même parmi la production de l’auteur (que je n’ai cependant pas toute lue). Sa forme physique même, très modeste (livre de 12×20 cm et un peu plus de 200 pages) laisse difficilement présager de la force des idées qu’on y rencontre et de l’étendue du champ historique embrassé, conduisant à une réflexion dont aucun lecteur doué de curiosité et de raison ne peut ressortir indemne.

L’ambition de l’ouvrage est immense, tout comme fut celle du beaucoup plus volumineux chef-d’oeuvre de Montesquieu : démonter les rouages de l’Histoire, depuis la Révolution Française jusqu’à aujourd’hui, sous l’angle des rapports de pouvoir, dont les plus forts sont souvent les plus cachés, particulièrement dans les “démocraties libérales” où la mise en scène d’un pouvoir de façade cache de plus en plus mal les véritables luttes oligarchiques des coulisses.

Le style, sec au point de se passer souvent de verbe, est d’une concision extrême qui pourra plaire aux scientifiques, pour qui l’idéal de la compréhension consiste souvent à condenser tout en une phrase où chaque mot compte. Il trahit une réflexion débarrassée d’affect aboutissant à un travail de synthèse d’une clarté remarquable, qui surprendra peut-être ceux ne connaissant encore l’auteur que par ses interventions orales. Si les nombreuses interviews vidéos d’Alain Soral laissent transparaître une sensibilité à fleur de peau conduisant parfois à une certaine brutalité envers ses contradicteurs, surtout lorsqu’ils sont de mauvaise foi, sa prose laisse au contraire l’impression d’une mécanique intellectuelle parfaitement huilée qui avance avec la régularité d’une montre suisse. Si l’oral de Soral est une improvisation de jazz, son écrit est une suite de Bach.

Tout part de la chute de Dieu, ou plutôt du pouvoir – chassé à la Révolution Française – qui reposait sur la croyance en lui, et qu’Alain Soral replace dans un contexte historique et sociologique éclairant les mensonges produits par ses remplaçants pour justifier leur existence. L’analyse plaira sans doute à ceux qui rêvent au retour d’une monarchie de droit divin ; mais elle n’a eu aucun mal à convaincre le lecteur ni royaliste ni croyant que je suis. Sans doute parce qu’elle est purement logique et débarrassée de tout jugement moral, tout comme l’analyse de Montesquieu sur les différents types de lois convenant aux différents gouvernements qu’il qualifiait de républicain, monarchique et despotique. Rappelons au passage que la république, pour Montesquieu, incluait également des gouvernements aristocratiques.

Alain Soral nous explique en quoi la révolution a été volée au peuple, cet allié temporaire qu’il faut agiter avant de s’en servir, comme les nombreuses révolutions actuelles nous le montrent quasi quotidiennement. En quoi les idéaux fort nobles de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ne pouvaient que se fracasser sur l’exercice du pouvoir réel, arraché à une aristocratie déclinante par des oligarchies peu partageuses, qui s’arrangèrent donc pour gouverner dans l’ombre par l’entremise de réseaux occultes. En quoi le pouvoir du roi et du clergé ne fut nullement remplacé par celui du peuple, mais par celui de la bourgeoisie et de la banque. En quoi le maintien de cette illusion démocratique nécessita la prise de contrôle de l’opinion par les grands media (presse papier à grande diffusion dès le dix-neuvième siècle, puis radio, télévision et aujourd’hui tentatives de contrôler les grands canaux d’internet). Ce qui naturellement, par le simple jeu du pouvoir qui produit toujours son propre excès, quels qu’en soient les acteurs, conduit aujourd’hui aux démocraties de spectacle qui sont les nôtres, où la tension entre le réel et le médiatique est d’une violence extrême… que les artistes les plus lucides et les plus courageux convertissent en énergie humoristique.

L’auteur nous conduit en définitive, au terme d’un parcours d’une implacable logique, à considérer Aldous Huxley et George Orwell non comme des écrivains de fiction, mais comme des écrivains d’anticipation. Morts en 1963 pour le premier, et en 1950 pour le second… ce qui devrait, en toute logique, nous faire réfléchir en 2015. Mais, tels la grenouille dans l’eau lentement chauffée, les peuples d’occident semblent anesthésiés par leur frénésie de consommation et leur illusion de liberté.

Puissent-ils lire ce livre, petit par la taille, grand et puissant par son contenu. Peut-être alors verront-ils dans le “conspirationnisme” d’Alain Soral (un des qualificatifs du néo-maccarthysme dont nous avons déjà parlé ici) le simple exercice de la raison. Et se rappelleront-ils qu’en son temps, Montesquieu avait vu aussi son chef-d’oeuvre mis à l’Index par l’Église catholique, alors toute-puissante.


Alain Soral à la télévision russe : l’entretien… par ERTV

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