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Chroniques des sciences inhumaines et asociales (épisode 1)

ISIS-3[Note introductive de l’administrateur de ce blog : l’union faisant la force, j’ai aujourd’hui l’honneur et le plaisir d’accueillir la première contribution d’un lecteur de mon blog, et scientifique de profession lui aussi. Comme moi, il est allergique à la dilution de l’esprit critique dans les méandres d’une pensée qui se dit complexe mais qui n’est que confuse, tout particulièrement chez certains de nos collègues dont la crédulité n’a d’égale que le prestige des diplômes et le nombre de distinctions académiques. Ces “idiots de luxe” lui donnent des boutons, et de l’inspiration. C’est en répondant à leurs fadaises lors d’échanges de courriels qu’il cisèle quelques argumentaires percutants et, parfois même, hilarants. Car les gens graves ne sont jamais sérieux et les gens sérieux ne sont jamais graves, comme disait Georges Colomb.]

Épisode 1

Sourate de la jument

 

Djihâdisme moyenâgeux ou téléportation quantique de Toyotas ?

 

Daech est aux portes ! Daech est entré dans la Ville ! Daech nous fait la guerre ! Daech va-t-il nous vaincre ? Face au péril, unissons-nous ! Abolissons le Droit pour terrasser le Mal ! Que chaque citoyen abandonne sa liberté afin que la Liberté triomphe !

Pour affermir notre résolution, les éclaireurs d’opinion citent des historiens qui font autorité :

De quel poids la nostalgie d’un passé glorieux forgé grâce au djihâd n’a-t-il cessé de peser sur l’esprit de tous les Fidèles ! Que cette notion de djihâd soit actuelle est une criante évidence. Chaque fois que les tensions ont besoin de se libérer, le rejet de l'”autre” est senti impérativement ; et l’époque d’angoisse que vit l’Islam contemporain ne peut que favoriser une double tendance à se refermer sur soi-même, dans une agressivité chargée de potentialités explosives et incontrôlables, et à se forger une idéologie d’auto-préservation, face à un monde étranger jugé hostile, incompréhensif et incompréhensible. La visée initiale du djihâd risque, à tout moment, de resurgir, tant le présent demeure, à beaucoup d’égards, solidaire du passé.”

Alfred Morabia, Le Ǧihâd dans l’Islam médiéval. pp. 341-42.

Les orientations idéologiques héritées du VIIIe siècle sont certes importantes, mais regarder la réalité contemporaine est intéressant aussi. La réalité est toujours intéressante.

Les Daéchiens sont puissants car ils ont du pétrole. Soit. Donc, c’est qu’ils ont pu saisir les puits avec les techniciens. Soit, encore. Mais ce pétrole, le boivent-ils ? Donc ils ont des sous parce qu’ils ont du pétrole et qu’ils ont aussi les voies d’écoulement, des comptes bancaires sécurisés et des partenaires commerciaux. Grâce à cela, ils ont pu acquérir des Toyotas toutes neuves, version militarisée, vendues en Australie selon Toyota Co qui tient le registre des ventes mentionnant les numéros de châssis. Et comment sont-elles arrivées là ? Sur la jument ailée du Prophète (qu’Allah magnifie son nom) ? 

Il se trouve que je connais Damas, Homs, Alep, Lattaquié, Deraa… Je ferme les yeux et je revois des monuments, mais aussi des visages, des sourires, des regards, fracassés par la guerre.

Deir ez Zor et Hassaké, j’y suis allé. Imaginez les Causses, les collines de Haute Provence ou le maquis de Bonifacio. Et maintenant expliquez-moi comment 30 000 à 40 000 hommes peuvent s’y rassembler et s’y organiser en toute quiétude. La campagne autour de l’Euphrate est si riante que lorsqu’en 1915 les Turcs voulurent éloigner le danger arménien et assyro-chaldéen (car ces féroces chrétiens venaient jusque dans leurs bras etc. etc.), ils chargèrent les Kurdes d’y abandonner les déportés déplacés pour raison d’ordre public. Or cela paraît solide un montagnard Arbaz, mais laissé sans eau ni nourriture sur le Causse, cela dépérit très vite. Les femmes et les enfants d’abord. Encore une réputation surfaite.

D’abord il faut manger. Emplir les bouches et garnir les bouches à feu. Ces 30 000 hommes sur leur causse, expliquez-moi de quoi ils tirent leur pitance. Je ne suis point logisticien, mais pour maintenir 30 000 hommes en état de combattre une armée régulière, il faut bien, à la louche, au moins 300 tonnes d’approvisionnement par jour, nourriture, munitions, et aussi matériel car les mousquets longs d’un mètre quatre-vingt au fût finement damasquiné, fabrication authentique de l’artisanat local, on n’en trouve plus qu’au musée. Les vieux tours de main se perdent, hélas. 

Bien : d’où viennent-elles ces centaines de tonnes ? Par où passent-elles ? Où les camions sont-ils réparés ? Car le rezzou à dos de dromadaire, cela eut payé au temps de Mahomet (que Dieu l’exalte dans Sa gloire) et d’Haroun el Poussah (que les enfants d’Adam proclament son renom jusqu’aux cieux). Et puisque nous parlons de cieux, ils sont le plus souvent découverts en ces contrées, même en demi-saison. Alors, organisons une collecte pour offrir des cannes blanches aux pilotes de l’armée étasunienne.

L’Histoire du Haut Moyen Âge est intéressante, et l’adulation zélée de la puissance dominante est de toutes les époques. Mais la réalité, c’est intéressant aussi.

La réalité c’est que, depuis cinq années, des gouvernements étrangers attisent la guerre. Et, hélas, parmi leurs larbins, les gouvernants français. En notre nom.

Cadet Roussel

 

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